Jeudi le 3 décembre 2009, à la radio de Radio-Canada, je participais à un minidébat avec M. Mayrand, directeur général de la fondation David Suzuki au Québec, à propos des changements climatiques (tel que discuté ici).
Par manque d’expérience, je n’ai pas su répliquer aussi habilement à M. Mayrand en ondes que je l’aurais voulu, alors je reprendrai ici certains de ses propos, auxquels je répondrai.
L’entrevue complète est disponible sur le site de Radio-Canada.
Sachez M. Mayrand que je mon blogue repose sur la démonstration scientifique des changements climatiques. Je ne tiens pas mes propos de conspirations imaginatives, mais de travaux en science, publiés (également dans des revues avec processus de révision par des pairs, dont plusieurs en commun avec les vôtres). Je m’intéresse à la SCIENCE du climat.
De plus, je vous signale que vos propos relèvent également d’une opinion, basé sur la science que vous avez choisi de retenir (surtout la modélisation). De plus, votre opinion est baisée dès le départ, puis que vous représentez un groupe dont les intérêts va dans le sens du réchauffement causé par l’homme.
Vous devriez lire autre chose que de vous limiter aux documents filtrés par le GIEC…
De nombreuses études ont été publiées, démontrant des corrélations entre les cycles solaires et océaniques, ou infirmant les hypothèses de base de la théorie d’effet de serre et les calamités qui s’y rattachent (ex: ouragans).
Par exemple, la courbe des températures du dernier millénaire (crosse de hockey), qui a effacé l’optimum médiéval et la miniglaciation (pour plus d’impact), fut largement discréditée par la communauté scientifique (vous l’avez même reconnu hors ondes).
Quant aux résultats des carottes glaciaires montrant un lien entre le CO2 et la température (également utilisés dans le film d’Al Gore), ils ont finalement montré que ce lien donnait une moyenne de 800 ans d’avance à la température, faisant du CO2 une conséquence du réchauffement et non une cause.
Sachez que je ne remets pas en doute la science, au contraire. Je tente, par l’intermédiaire de mon blogue, de remettre la science en avant-plan, car celle-ci a été reléguée au second plan pour satisfaire, trop souvent, des agendas politiques. La science repose sur les observations, et non la modélisation. Les observations passées et présentes sont en contradiction avec les modèles (variation de température, fonte des pôles, ouragans, sécheresses, élévations des océans…).
Vous n’avez pas bien compris le processus scientifique, ou le manipulez pour servir vos fins. C’est au scientifique qui fait l’étude de démontrer que son hypothèse est valable, et non aux autres de produire de nouvelles études pour la contredire. S’il ne parvient pas à soutenir son hypothèse face aux autres spécialistes, elle est rejetée. Si quelqu’un publie par la suite une étude en contradiction, il devra à son tour pouvoir défendre son étude, de la même façon, avant d’ébranler l’hypothèse préalablement retenue, si c’était le cas. Il ne s’agit donc pas de simplement créer un doute.
Le problème que nous vivons en climatologie depuis quelques années (en lien aux pressions médiatiques et politiques), est la reprise par les médias de résultats de recherches avant même que celles-ci ne soient contre-vérifiées (processus qui peut prendre plusieurs mois). Il s’avère souvent, comme pour les carottes glaciaires de Vostok, que la contre-vérification discrédite les résultats obtenus, mais il est trop tard. La presse ne corrige pas le tir, et plusieurs groupes ou individus célèbres continuent de se servir de l’étude erronée, tel M. Gore.
D’abord, il n’a jamais été prouvé que les documents ont été rendus publics suite à une intrusion par un hacker (et russe en plus!). Les données ont simplement été rendues disponibles sur internet à partir d’un serveur en Russie. Tout porte à croire qu’il s’agit plutôt de documents qui ont été assemblés par un scientifique à l’interne (possiblement en réponse à un FOI – Freedom of Information request). Il ne s’agissait pas de discréditer les scientifiques, mais rendre publiques des informations importantes.
Je suis d’accord, il s’agit d’information privée. Toutefois, la nature des échanges et l’impact à l’échelle mondiale des conséquences possibles demandent à faire la lumière sur cela, surtout qu’ils n’ont pas été démentis par les auteurs.
Certains ont suffisamment explicites, même hors contexte. Des courriels méchants envers une autre personne ne méritent certes aucune attention, mais lorsqu’il s’agit de discussions pour effacer des données, les modifier, empêcher la publication d’articles scientifiques compromettants et plus, c’est autre chose!
Les médias ont tenté d’étouffer ou minimiser l’affaire en ne reprenant qu’un ou deux courriels peu incriminants, afin de détourner l’attention des courriels et extraits de codes inquiétants.
Les courriels en soi ne prouvent rien, mais ils signalent l’urgence d’une enquête transparente. Nous devrions rester prudents quant à l’adoption de politiques extrêmes tant que la lumière n’aura pas été faite là-dessus.
La raison pour laquelle Radio-Canada m’a invité, c’est que le ClimateGate suscite un intérêt dans les médias. Pour la première fois (je crois), un climato-sceptique a la chance de s’exprimer à la radio publique. Les médias sont largement partisans de la théorie d’effet de serre anthropique, et ne veulent généralement pas de débat.
Pourtant, des milliers de scientifiques et des centaines de climatologues s’affichent publiquement comme climato-sceptiques. Ils ne sont jamais invités. Ou peut-être n’y en a-t-il aucun qui s’affiche publiquement au Québec? Pour la plupart, malheureusement, il est également trop risqué de s’exprimer en public (et pour bon nombre ils n’ont simplement pas le droit de le faire). Certains climatologues américains ont perdu leur poste pour avoir osé prétendre que la nature pouvait expliquer les variations observées (sous George W. Bush en plus!). Ce n’est pas pour rien que les scientifiques sceptiques du climat et qui en parlent publiquement sont majoritairement des gens à la retraite ou ayant une solide réputation pour résister aux attaques.
Comme vous, je ne suis pas scientifique. Par contre, je représente certainement un point de vue plus neutre que le vôtre, n’étant motivé que par des intérêts de transparence scientifique. Je ne suis pas défenseur des pétrolières, je ne reçois d’argent de personne. Je fais ces démarches parce que je considère qu’il y a des enjeux environnementaux bien plus importants, ainsi que des besoins en aide humanitaire criants.
Une hausse possible de quelques dixièmes de degré dans 100 ans n’est certes pas la priorité de celui qui ne sait pas s’il aura de quoi manger demain, de l’eau potable ou s’il attrapera la malaria. Nos devons investir dans les transports en commun, contrôler la pollution, empêcher la déforestation massive… Voilà des choses pour lesquelles j’aimerais que nous luttions, pas une lutte acharnée au CO2 pour contrôler l’incontrôlable.
En effet, une opération de relation publique semble s’être créé (des activistes écologistes ont leurs chroniques dans les journaux, passent à la télévision régulièrement, M. Gore parvient à imposer son film dans certaines écoles, des bénévoles sont formés par M. Gore pour répandre la mauvaise nouvelle – aidé par un financement du gouvernement…). Or, il semble que cette campagne ne bénéficie pas aux climato-sceptiques, mais aux partisans du réchauffement par l’homme.
On peut certes supposer que du lobbying se fait par les pétrolières envers les gouvernements, mais les médias ne dénoncent-ils pas cela régulièrement, en dénigrant M. Harper? Comment pouvez-vous oser prétendre que les climato-sceptiques bénéficient de la faveur des médias, en y accédant facilement, alors que je suis le premier?
Si le site de Heartland Institute et JunkScience figure parmi les liens proposés à droite sur mon site, c’est parce qu’ils offrent des informations pertinentes sur le réchauffement climatique, qui va dans le même sens que celles retrouvées sur des sites ou blogues scientifiques qui ne sont pas des think tanks. Mes sources scientifiques proviennent majoritairement des sites pensée-unique, WattsUpWithThat, RoySpencer et ClimatAudit, ainsi que quelques livres et vidéos (notamment les présentations de Vincent Courtillot).
Vous avez raison, les auditeurs doivent s’informer. C’est exactement la raison d’être de mon blogue, qui offre une information alternative à celle largement publiée par les groupes écologistes et les médias.
Desmogblog est un site partisan dont les principaux auteurs sont affiliés à Al Gore (Climate Project) et la fondation Suzuki. Les lecteurs doivent lire les deux (sites partisans et sceptiques) pour se faire une idée.
Je terminerai avec les propos de monsieur Vincent Courtillot, géophysicien :
« Quelle que soit la nature d’un sujet scientifique, quand on vous dit que ce sujet scientifique est réglé, qu’il n’y a plus besoin de regarder, que les solutions sont connues et qu’il n’y a plus lieu à débat, inquiétez-vous! C’est que vous êtes en train d’approcher du dogme ou de la religion, mais pas de la science. Là où il n’y a plus de débat, il n’y a plus de science. »
M. Pelletier,
Bonne réplique. En relisant tout ça, on se rend compte à quel point le débat tournait dans le vide, et était très éloigné de considérations techniques.
J’aimerais ajouter deux point. (C’est dimanche matin et je n’ai rien d’autre à faire, alors allons-y!)
Quand on dit: le public devrait se documenter, mais qu’en même temps on prétend continuellement que l’hypothèse des changements climatiques anthropogéniques est basée sur les articles parus dans les revues scientifiques, il y a un gros problème. Ce problème, c’est celui de l’accès du public à ces revues. Si on n’est pas étudiant ou professeur dans une université, et si on n’habite pas à proximité, on n’a aucun accès à l’immense majorité des revues scientifiques. Le fait que la majorité de la population aurait du mal à comprendre ce qui y est écrit n’est pas une excuse. L’immense majorité des publications scientifiques est le résultats de travaux subventionnés par des fonds publics, et ceux qui paient devraient y avoir accès. C’est là toute la base du mouvement d’ “accès libre”, qui n’en est malheureusement qu’à ses balbutiements.
Évidemment, toute la structure de l’institution scientifique, basée sur le système de publications, est inhéremment faillible. L’essentiel de la tâche d’un chercheur est de (1) publier, et (2) quêter des fonds. Ce n’est pas de trouver une quelconque “vérité scientifique”. Les publications sont une entreprise de publicité pour la recherche de fonds, qui permettent à leur tour de faire d’autres publications. Et ce sont d’autres chercheurs qui contrôlent l’accès à la publication (système de réviseurs et d’éditeurs) et aux subventions (comités de subventions). Le système peut donc facilement être à la merci d’une clique, qui peut prévenir à la fois la publication de recherches indésirables, et le financement de ceux qui les font.
Bon. Second point. Là, c’est un peu plus fondamental. Dans le débat sur les changements climatiques, ou d’autres débats de nature technique, on objectifie constamment “la science”. C’est à dire qu’on en fait un objet, ou même un personnage. On dit par exemple: “la science dit ceci ou cela”, “la science montre ceci ou cela”. On attribue à une entité un statut d’oracle. On attribue à la “connaissance scientifique” un statut épistémologique spécial, au-dessus de la connaissance ordinaire. Sans parler de la “méthode scientifique”! Mais plus de cent ans de philosophie et de sociologie des sciences n’ont pas réussi à élucider ni à établir la solidité ou même l’existence de ce statut épistémologique. Tout ça ne veut pas dire que les connaissances du monde naturel que nous avons acquises sont fausses. Mais ça indique que nous avons une très mauvaise compréhension (ou pas de compréhension du tout) de ce qui fait qu’une telle connaissance est valable ou non. On peut bien proclamer la “vérité” de la connaissance scientifique, ça ne veut stictement rien dire. Est-ce que ce que Newton disait était “vrai”? À strictement parler, non. Et Einstein? Non plus, puisque la relativité générale n’inclut pas la physique quantique.
Bien sûr, tout cela peut mener très loin, et les sociologues ont eu bien du plaisir depuis trente ans à “relativiser” la connaissance scientifique, la mettant sur le même pied que la religion ou la superstition, faisant des consensus scientifiques des “constructions sociales”, etc. Sur bien des points, ils avaient raison (relire “Science en action”, de Latour, toujours actuel, même si mal compris). Mais sur bien des points, ils ne comprennent rien non plus, puisqu’ils n’arrivent pas à expliquer alors les “succès” de la technologie, présumément basés sur “la science”. Résultat: ce qu’on a appelé les “guerres des science” (Science wars) entre sociologues et scientifiques dans les années 90, qui n’ont aucunement mené à une résolution du débat, tout au plus à une trève et un cul de sac. Forcément: les philosophes et sociologues sont aussi issus du milieu académique, c’est un peu dur de cracher dans la soupe.
Tout ce long préambule pour dire que nous avons grandement besoin d’une redéfinition de ce que signifie une connaissance utile du monde naturel, et de ce qu’est une théorie scientifique basée sur cette connaissance.
Mais tant qu’on entretiendra le mythe de “la science”, et de son statut de connaissance “vraie”, on continuera de pédaler dans la vase lorsqu’il y a un débat ou une controverse. Car toujours, les deux côtés se réclament de “la science”, et de “la méthode scientifique”, comme si c’était un gage d’infaillibilité alors que ça ne veut strictement rien dire.
Pourtant, c’est tellement simple! Une théorie scientifique est une représentation du monde naturel. Comme, par exemple, une peinture peut être une représentation d’un paysage ou d’une personne. Cette représentation du monde peut être “utile” si elle permet de prédire le résultat d’une action, ou le déroulement d’événements futurs. La rectitude et la précision de ces prédictions rend la théorie utile, ou inutile. La théorie de Newton, par exemple, peut prédire avec beaucoup de précision le mouvement des planètes, ou la chute des corps. C’est très utile! Mais si vous désirez un niveau de précision très élevé, elle devient complètement inutile. En aucun cas, la théorie de Newton n’a besoin d’être “vraie”. Elle a juste besoin d’être “correcte” pour les besoins de celui qui l’utilise.
La théorie des changements climatiques anthropogéniques est-elle alors vraie ou non? Fausse question! Faux débat! Il faut plutôt demander: “La théorie des changements climatiques anthropogéniques fait-elle des prédictions qui sont correctes?”
On voit alors tout de suite que là où le bât blesse, c’est que toute prédiction du climat des cent prochaines années ne s’avérera correcte ou non que dans… cent ans! Autrement dit, on ne peut pas se baser sur ces prédictions pour juger de la rectitude de la théorie. Karl Popper dirait que ces prédictions ne sont pas “falsifiables”, donc ne sont pas de la science (selon sa propre définition).
Est-ce qu’on peut se fier, alors, à la “prédiction” du passé? Autrement dit, se fier sur un modèle qui reproduit l’évolution passée du climat? En principe, c’est une base valable, car toutes les théories sont basées d’une façon ou d’une autre sur l’espérance que le monde naturel fonctionnera de le même façon dans l’avenir que dans le passé. Le problème, dans le cas du climat, est qu’il ne s’agit pas d’un système simple. Le nombre de variables en jeu est très grand, et de plus, nous n’avons que des mesures très imparfaites et incomplètes du climat passé. Or un modèle qui a trop de variables peut facilement être ajusté pour reproduire à peu près n’importe quoi. Tous ceux qui ont fait un peu de modélisation informatique comprendront cela très facilement.
Si on maintenait le débat sur ces questions, c’est-à-dire est-ce que les modèles climatiques sont une représentation adéquate du climat passé, sur laquelle on peut se fier pour prédire l’avenir, on ferait un grand pas, et on éviterait des discussions inutiles sur les motivations des uns et des autres, ou sur la “vérité scientifique”, et sur qui la possède.
Dans le “débat” entre vous et M. Mayrand, on n’a pas du tout abordé ces questions! De la part de M. Mayrand, on n’a que des accusations de “motivations” balancées comme des arguments, et un appel constant à “la science” et la “vérité scientifique”! Si le public, ou encore mieux les journalistes et animateurs de radio, comprenait que ce ne sont pas là des arguments valables, on aurait peut-être droit à de “vrais” débats!
Aucun scientifique a publié un papier contredisant la thèse du réchauffement climatique du a l’homme?
http://z4.invisionfree.com/Popular_Technology/index.php?showtopic=2050
Haha
Bonjour monsieur Pelletier
Je viens tout juste de découvrir votre site; je vous donne plus de nouvelles d’ici quelques jours. En attendant svp corriger le lien vers “Climate Audit” de Monsieur McIntyre; vous avez fait une petite faute d’orthographe dans le URL.
Le document le plus dévastateur dans toute l’histoire du ClimateGate est à mon avis le document intitulé “Harry_read_me.txt”; j’en ai eu froid dans le dos.
[yves]: merci, c’est corrigé.