v 2.0
« »




Question de proxy!

En avril 2009, Frank Lansner a écrit un billet publié sur le site de WattsUpWithThat, en lien aux proxies utlisées pour calculer la température du dernier millénaire (et plus).

Ce dernier m’avait échappé, mais un lecteur (Martin) vient de m’en faire prendre connaissance via un texte qui m’a été soumis (à paraître sous peu).

J’ai jugé bon d’en traduire les grandes lignes, puisqu’il apporte un regard nouveau sur la paléoclimatologie et servira notamment d’introduction au billet de Martin.



L’évaluation adéquate des températures passées est cruciale en climatologie, si l’on veut juger du caractère exceptionnel et inquiétant des températures actuelles.



Comme il n’y avait pas de thermomètres à l’époque (avant 1850), nous devons «reconstruire» le climat à partir de divers marqueurs appelés proxies.


Notez au passage que nous devons également «manipuler» les températures récentes (thermomètres) pour compenser plusieurs facteurs, dont l’effet d’ilot de chaleur urbain (UHI : Urban Heat Islands), ce qui fait aussi l’objet de vives discussions, notamment sur les corrections apportées par le GISS (voyez ce billet sur les températures de surface).


La dendrochronologie comme proxy

Les cernes d’arbres constituent sans doute les proxies les plus utilisées. Ils sont à la base des travaux de Micheal Mann et cie, qui ont conduit à la fameuse courbe en crosse de hockey (ci-contre) présentée en 2001 dans le 3e rapport du GIEC, en tant que démonstration imposante du réchauffement récent.

En gros, la dendrochronologie consiste à mesurer précisément l’épaisseur des cernes d’arbres coupés pour estimer les températures historiques, où les cernes épais représentent une année de forte croissance (chaud), et les cernes minces peu de croissance (froid).

Pour cela, on tient pour acquis que la croissance est proportionnelle à la température ambiante. Or, tel que démontré sur le site de pensée unique, cette supposition s’avère fausse. La dendrochronologie comporte de graves lacunes, et les résultats obtenus devraient être pris avec des pincettes.

Par exemple, les arbres ne croissent pas à la même vitesse selon leur âge. Il y a aussi les conditions autres que la température qui joue un rôle indétectable et possiblement plus important, comme les maladies, l’accumulation de neige ou d’eau dans la région, les vents, la luminosité, la densité (les arbres peuvent se nuire s’ils sont trop proches), et surtout… le CO2!


Plus il y a de CO2, plus la croissance des arbres est forte.

En admettant que nous ayons aujourd’hui plus de CO2 que par rapport aux derniers 1000 ans, nous aurons des anneaux de croissance très épais, sans qu’il fasse nécessairement plus chaud.

Ce proxy (cernes d’arbres) n’est donc PAS UN BON INDICATEUR DE TEMPÉRATURE!

Il en existe plusieurs autres, plus fiables, et qui montrent une tout autre version du climat passé, comme nous le verrons plus loin.





Changement de proxy = changement de courbe

Selon les travaux de Frank Lansner, présentés sur le site de WUWT et ici en pdf, le choix des cernes d’arbres (au détriment des autres proxies) expliquerait comment le GIEC aurait soudainement éliminé la période chaude du moyen âge (Medieval Warm Period, ou Optimum médiéval) et la miniglaciation (Little Ice Age), jusque-là reconnus en science et compatibles avec les écrits et autres observations d’époque.

Bien sûr, tout cela sans parler des erreurs de programmation qui ont permis de discréditer la courbe en crosse de hockey ainsi obtenue (McIntyre et McKitrick, 2003), ou encore la sélection des échantillons d’arbres (cherry picking) pour arriver à de tels résultats.

Enfin, n’oubliez pas que nous étions en avril 2009 au moment où l’auteur (Lansner) a publié ce papier, donc le ClimateGate n’avait pas encore éclaté. Ce scandale nous montre un côté encore plus sombre de cette histoire de la courbe en crosse de hockey.

Le graphique ci-contre, utilisé dans le second rapport du GIEC, montre la période chaude médiévale suivi de la miniglaciation. Cette version a été abandonnée en 2001 au profit de la courbe en crosse de hockey (basée sur les proxies d’arbres).

En gros, il semblerait que le choix du type de proxy (arbres ou non) revient en quelque sorte à choisir entre montrer ou non l’Optimum Médiéval (et la miniglaciation qui a suivi).




Comparaison des proxies

Lansner propose dans son article de comparer les tendances du climat passé selon le type de proxy utilisé (dendrochronologie ou non). Ces résultats sont plutôt stupéfiants! Les graphiques repris ici ressemblent souvent à du spaghetti, superposant les données à partir de plusieurs proxies. On note une grande variabilité, mais certaines tendances générales se démarquent, comme nous le verrons.




Période récente (dernier siècle)

Le graphique ci-contre montre les températures telles que reconstruites à partir de nombreux proxies pour le 20e siècle (cliquez sur l’image pour agrandir).

La courbe noire représente la moyenne de 14 ensembles de données jumelées pour former un grand multi-proxies. En combinant celui-ci avec 10 des multi-proxies les plus utilisés, on obtient la courbe blanche.

On remarque que les proxies ne montrent AUCUN RÉCHAUFFEMENT NET depuis 1940!

Ce problème de divergence avec les mesures récentes des thermomètres (ajustées par le GISS) n’est pas lié simplement aux proxies des cernes d’arbres, mais à tous les proxies.

Ceci laisse croire que le problème pourrait être lié aux données du GISS, via les ajustements apportés, qui gonfleraient artificiellement le réchauffement depuis 1940 (mauvaises corrections pour l’effet d’ilôt de chaleur urbain et stations inadéquates, tel qu’illustré par le site surfacestations.org).



La divergence du GISS

Le graphique ci-contre montre les températures globales selon le GISS (rouge), un multi-proxy incluant 8 régions de Chine (bleu) et les mesures non corrigées pour les États-Unis (magenta).

On remarque que les mesures brutes des États-Unis sont en concordance avec le multi-proxy de la Chine, mais que ni l’un ni l’autre n’est en concordance avec le GISS, à partir de 1940.

Même l’irradiance solaire (jaune) suit les proxies chinois et américains, mais pas le GISS!




Période plus ancienne

En utilisant 33 proxies différents (dont 6 en provenance d’arbres), nous obtenons le graphique ci-contre – partie gauche (1200 ans) -, qui redonne vie à l’optimum médiéval et à la miniglaciation.

La partie de droite (12000 ans) montre pour sa part la période chaude de l’holocène, en utilisant 29 proxies différents (les cernes d’arbres ne sont pas disponibles pour la période de l’holocène).

Les courbes blanches représentent encore une fois la moyenne, qui est plus élevée que pendant l’optimum médiéval, et bien entendu plus élevée qu’aujourd’hui. Cliquez sur l’image pour agrandir.




Comparaisons de proxies avec ou sans arbres

Question d’illustrer davantage la divergence des résultats en fonction du choix de proxy (arbre ou non), voici quelques schémas supplémentaires, tirés de l’étude de Lansner.

D’abord, en utilisant 7 ensembles de données basées sur des proxys d’arbres (orange) et en le comparant à 48 ensembles de données dont les proxies ne sont pas des arbres (vert), on remarque que la dendrochronologie, contrairement aux autres proxies, ne montre pas d’optimum médiéval…

Pis encore (en parlant de différencier les deux types), les cernes d’arbres montrent une température plus élevée aujourd’hui, ce qui n’est pas le cas des autres proxies.

Tel que discuté plus haut, l’abondance de CO2 pourrait expliquer cette variation, puisque les proxies basés sur les arbres montrent une plus grande croissance en présence d’une plus grande concentration de CO2, peu importe si la température monte ou non.


Comparaison des données d’arbres et de stalagmites (autre proxy) pour une même région, soit les Alpes européennes.

On voit une nette différence, tel qu’illustré ici (en orange les arbres et en vert les stalagmites).

Ce n’est donc pas une question de localisation entre les proxies qui fait la différence, du moins pas dans tous les cas.


Si l’on compare les données de Briffa, basés sur les proxys d’arbres, avec les autres proxys, on obtient un graphique qui passe d’une crosse de hockey (arbres) à un optimum médiéval plus chaud qu’aujourd’hui (autres proxies).

Keith Briffa est spécialiste en dendrochronologie, et a collaboré avec Mann pour en arriver à la célèbre courbe. Il travaille au CRU, et fut l’objet de nombreux courriels du climateGate, notamment pour avoir exprimé des réserves quant aux résultats obtenus, pour avoir indiqué qu’il subissait des pressions de Mann, et pour avoir indiqué qu’il avait de la difficulté à conjuguer le devoir scientifique et les demandes du GIEC.

Je me suis donné beaucoup de mal pour trouver un équilibre entre les besoins de la science et ceux du GIEC qui n’ont pas toujours été les mêmes.
- Keith Briffa, courriel à Micheal Mann, 2007 (1177890796.txt)

Briffa a aussi été sur la sellette il y a quelques mois en lien à la cueillette sélective des arbres qui ont servi à ces travaux (au Yamal) – dont la dernière portion ne repose que sur une dizaine d’arbres, dont un seul montre une telle courbe! (voyez l’analyse de Jean Martin – pensée unique et celle de WattsUpWithThat, incluant la réplique de Briffa)

Source des graphiques: WattsUpWithThat et pensée unique

Tags: , ,

3 Réponses à “Question de proxy!”



  1. Très intéressant, on y voit bien comment les données scientifiques sont collectées et comment elle peuvent être manipulées et interprétées. CA donne froid dans le dos de voir comment des milliards de dollars peuvent être gaspillés pour contrer le CO2 en se basant sur des données scientifiques complètement faussées.
    Et quand je dit gaspillé, cet argent ne tombe pas dans un trou noir, il tombe dans les poches de ceux qui profitent de ce système.

  2. Sur WattsUpWithThat (http://wattsupwiththat.com/2010/03/17/medieval-warm-period-seen-in-western-usa-tree-ring-fire-scars/), un lecteur (Jimbo (17:31:44)) a publié une liste de liens qui traitent de l’optimum médiéval, en tant que phénomène GLOBAL et non régional comme tente de faire entendre le GIEC. La voici:

    http://www.si.edu/about/documents/testimony_Soon_7-29-03.pdf
    http://www.cfa.harvard.edu/news/archive/pr0310.html
    http://www.sciencemag.org/cgi/content/short/291/5508/1497
    http://pages.science-skeptical.de/MWP/MedievalWarmPeriod.html
    http://www.co2science.org/data/mwp/mwpp.php
    http://www.ncpa.org/pub/st279?pg=6
    http://joannenova.com.au/2009/12/fraudulent-hockey-sticks-and-hidden-data/
    http://tinyurl.com/ye4y73x
    http://www.mnh.si.edu/vikings/voyage/subset/vinland/archeo.html
    http://www.welt.de/print-welt/article177591/Steinzeitliche_Handelswege.html
    http://climateaudit.org/2005/11/18/archaeological-finds-in-retreating-swiss-glacier/

  3. Oooops !…

    J’avais pour des raisons mystérieuses (surcharge ?) raté ton excellent billet sur les proxies, qui avait de façon naturelle une place sur mon article d’hier http://www.lepost.fr/article/2010/08/19/2188450_la-trop-longue-agonie-de-la-crosse-de-hockey.html

    Grâce à ton commentaire, j’ai pu rectifier le tir et
    ai redonné à ton article la place qu’il méritait, dans le paragraphe 3 et dans une “NOTE ADDITIONNELLE”, en reprenant certains graphiques.

    Merci pour le sérieux et l’apropos de ton travail.

Commentez l'article

Vous pouvez vous exprimer librement, mais vous devez néanmoins respecter certaines règles de conduite