Ce billet est la suite de «LaPresse : Les leçons du ClimateGate (6e partie)», dernier d’une série en réponse à un article publié dans le journal LaPresse le 8 mai dernier: «Climategate: les leçons sont ailleurs».
L’article de LaPresse était pour moi un exemple éloquent du manque de compréhension et d’objectivité des journalistes en environnement d’ici (il est en fait une copie d’un article par l’Agence Science Presse, ce qui montre également le psittacisme en place).
J’aurais pu écrire un simple billet (celui-ci) en réponse à l’article, mais j’ai jugé bon d’informer d’abord le lecteur sur ce qu’est le ClimateGate et de quelles enquêtes il s’agit. Un (très) long détour justifié par le manque d’information diffusé par les médias de masse (incluant LaPresse), préoccupé davantage à maintenir le cap sur le RCA (réchauffement climatique anthropique) que de s’interroger sur le contenu de l’information.
Le journaliste qui a écrit l’article original a-t-il non seulement lu les courriels? Comprend-il les liens étroits (donc les implications) entre les scientifiques du CRU et le GIEC? S’est-il informé des enquêtes (nominations, objectifs, procédures, témoins interrogés…)? Sait-il en quoi consiste l’astuce pour cacher le déclin (ou s’est-il contenté de savoir que le mot astuce est synonyme de «méthode statistique»)?… Je doute fort qu’il puisse répondre oui à la moindre de ces questions. Et si c’est le cas, alors il cache volontairement des informations pour entretenir son discours, car on ne peut conclure de la sorte objectivement.
Ce n’est pas aux journalistes de trancher la question climatique. Ils doivent rapporter l’information, et laisser les gens décider. Malheureusement, et c’est probablement le nerf de la guerre, les médias ont décidé depuis longtemps de ne couvrir qu’une version des faits. Cela me rappelle une citation de Ross Gelbspan, ex-éditeur du Boston Globe:
Entre la parution de l’article original de LaPresse et ce billet, deux autres enquêtes ont rendu leur rapport. La première fut celle du Penn State, qui nous avait déjà donné une première partie en mars dernier (et dont j’ai traité dans la 6e partie), livrant cette fois la partie scientifique. La seconde est celle de Sir Muir Russel, une enquête soi-disant indépendante mise sur pied par le CRU, aussi partisane que les précédentes. Je traiterai de celles-ci dans des billets séparés (elles sont comparables à celles couvertes précédemment, et ne changent en rien les conclusions).
Avant de pousuivre, voici la liste des parties précédentes de la série:
- LaPresse : Les leçons du ClimateGate (1re partie)
- LaPresse : Les leçons du ClimateGate (2e partie – les courriels)
- LaPresse : Les leçons du ClimateGate (3e partie – le code)
- LaPresse : Les leçons du ClimateGate (4e partie – le carnet de bord)
- LaPresse : Les leçons du ClimateGate (5e partie – le 4e rapport du GIEC)
- LaPresse : Les leçons du ClimateGate (6e partie – les enquêtes)
L’article de LaPresse nous indique que le ClimateGate n’était en fait qu’une demi-douzaine de courriels contenant des phrases qui, prises hors contexte, peuvent porter à confusion. Il indique également que des enquêtes distinctes (3) ont conclu qu’il n’y avait pas eu d’«inconduite scientifique», et que par conséquent la seule leçon qu’il faille retenir est d’améliorer les relations publiques.
L’auteur de l’article reprend les propos de Judith Curry, climatologue bien connue dans le camp carbocentriste (mais également l’une des rares à critiquer ouvertement le GIEC et qui ouvre le dialogue à l’occasion avec les scientifiques climato-sceptiques) :
En effet, les enquêtes ont à peu près toutes conclu au manque de transparence des scientifiques du climat pour rendre leurs données publiques (même s’il s’agit d’un élément important, avec cette concession, on préserve l’essentiel). De plus, les scientifiques du CRU ne sont pas véritablement blâmés, ni vraiment tenus de rendre prochainement leurs données publiques, car, nous dit-on… c’est normal, il s’agit de la norme en climatologie!
Phil Willis MP, Président du Comité de l’enquête parlementaire, en mars dernier :
Il faudrait revoir les procédures, un jour, peut-être, laisse entendre le rapport d’enquête. Aucune recommandation, ligne directrice, sanction ou ultimatum.
Et cette pratique déplorable, a-t-on le culot d’ajouter, ne remet pas en doute les conclusions du GIEC! Or, les conclusions alarmistes du GIEC se basent essentiellement sur les données du CRU, les données que seuls Phil Jones et sa bande connaissent et manipulent. Celles-là mêmes qui sont inaccessibles aux autres pour validation.
À la lumière de ce qui a été dévoilé dans certains courriels, il m’apparait que la publication des données brutes et des codes est de la plus haute priorité, et qu’une contre-vérification sérieuse doit être effectuée (incluant la participation de statisticiens) avant d’aller plus loin.
Quant à l’aspect communication, je crois que c’est passer complètement à côté du message. Décidément, ni Judith ni l’auteur n’ont compris ce que demandent les climato-sceptiques, comme nous le verrons un peu plus loin.
Dans son article, l’auteur ajoute:
- Recherches vérifiées et contre-vérifiées?
Voilà justement une autre grande partie du problème. Le ClimateGate met au grand jour ce que dénoncent plusieurs scientifiques depuis des années: un processus de révision par les pairs grandement polarisé et un refus d’accès aux données pour contre-vérification. Comment voulez-vous vérifier des travaux si l’on vous refuse l’accès aux données et aux méthodes utilisées?
- Y compris par les sceptiques?
Il a fallu à Steve McIntyre des années d’acharnement et un recours à un FOI (Freedom Of Information, loi sur l’accès à l’information) pour avoir une partie des données qui ont mené à la célèbre courbe en crosse de hockey de Micheal Mann. Les données obtenues ont permis de rejeter les conclusions du «symbole ultime» du réchauffement. Même si elle n’est plus utilisée par le GIEC, la courbe demeure à la base de l’alarmisme planétaire. Jamais les médias n’ont soulevé le fait qu’elle fut mise au rancart, pas plus que le GIEC n’a fait de mea culpa.Si l’on avait permis la contre-vérification comme il se doit, la courbe de Mann (qui montre un plateau pendant 1000 ans suivi d’une augmentation soudaine en 1900) n’aurait jamais été mise en avant-plan, et la science du réchauffement, comme les politiques qui en découlent, aurait pris une tout autre tournure, certainement moins alarmiste.
Voici le genre de réponse qu’ont eu droit les sceptiques ayant demandé l’accès aux données pour s’assurer de la validité des conclusions:
Nous avons investi environ 25 ans dans ce travail. Pourquoi devrais-je rendre les données disponibles pour vous, alors que votre but est de tenter de trouver quelque chose d’erroné?We have 25 years or so invested in the work. Why should I make the data available to you, when your aim is to try and find something wrong with it?Pourtant, l’institut de Physique, lors de ses recommandations au comité d’enquête du parlement a été très clair:
Le principe selon lequel les scientifiques doivent être disposés à exposer leurs résultats à des tests indépendants et permettre a réplication aux autres, ce qui demande l’échange ouvert de données, procédures et matériaux, est vital.The principle that scientists should be willing to expose their results to independent testing and replication by others, which requires the open exchange of data, procedures and materials, is vital. - Dans des domaines aussi indépendants les uns des autres que l’océanographie et l’ornithologie?
Justement, la plupart des scientifiques du GIEC ne sont pas des spécialistes du climat, mais plutôt des biologistes, économistes ou même fonctionnaires. Ces gens ne se penchent pas sur les causes, mais les implications possibles. Si le rôle de ces scientifiques est essentiel pour calculer l’influence du réchauffement sur divers aspects, ils n’ont pour source de données que celles en provenance des modèles du GIEC. Ils ne valident en aucune façon les conclusions du GIEC (réchauffement de 2 à 4 degrés dans 100 ans, causés par le CO2 d’origine anthropique). - Par une poignée de courriels sortis de leur contexte?
J’aimerais qu’on me fournisse un contexte acceptable pour justifier les propos suivants):-
Je viens de compléter l’astuce de Mike [NDT: Micheal Mann] pour la revue Nature en ajoutant les températures réelles à chacune des séries pour les derniers 20 ans (c’est-à-dire à partir de 1981) et à partir de 1961 pour la série de Keith [NDT: Keith Briffa] afin de cacher le déclin.
Notez que les médias s’attardent au mot «astuce», mais ce qui importe est de savoir en quoi il consiste, soit la suppression des données de proxys d’arbres, qui montre un déclin récent, pour les remplacer par les températures réelles pour les derniers 20 ans. On ne supprime pas des données gênantes, on les inclut et on s’interroge sur la divergence!
- Ou encore:
Les deux MM [NDT : Ross McKittrick et Steve McIntyre] réclament les données des stations du CRU depuis des années. S’ils entendent parler qu’il existe désormais une loi sur l’accessibilité à l’information au Royaume-Uni, je crois que je vais supprimer les données plutôt que de les envoyer à quiconque.
Peu importe la raison, on ne supprime pas des données. C’est la base de tout!
- Que dire de celui-ci:
Je ne peux voir un de ces articles dans le prochain rapport du GIEC. Kevin [NDT: Kevin Trenberth] et moi allons faire en sorte de les bloquer – même si nous devons redéfinir ce qu’est la littérature à comité de relecture!
Pourquoi absolument bloquer un article dans le rapport? Ce dernier n’est-il pas censé être objectif? Redéfinir le peer-review? Dans quel contexte cela parait-il convenable?
-
L’auteur enchaîne avec :
L’avalanche de demandes d’accès (une cinquantaine) est apparue en 2009, AVANT le ClimateGate, et faisait suite au manque de transparence du CRU, et son refus de fournir les données. Pourtant, cela fait partie de la méthode scientifique, telle que mentionnée plus haut. Au moment de publier un article, les auteurs doivent être prêt à fournir les données pour contre-vérification, une opération qui n’aurait pris que quelques minutes par demande, et dont le nombre aurait été beaucoup moindre s’ils avaient collaboré (des scientifiques, comme Steve McIntyre, ont du se montrer insistants).
Je comprends mal que l’on puisse déplorer le fait de vouloir contre-vérifier des travaux scientifiques. Pour moi cela est inquiétant, voir suffisant à douter de la rigueur scientifique… Lorsque vous fournissez les données de température du globe à la base de l’alarmisme qui pourrait engendrer des dépenses chiffrées en trillions de dollars, il est normal que l’on demande à vérifier vos chiffres (climato-sceptique ou non), ne croyez-vous pas?
Selon l’article de LaPresse, les donnes seraient disponibles au public en grande partie…
Les données rendues publiques sont celles du NOAA/GHCN, qui diffèrent grandement de celles du CRU. Et même si les données sont disponibles en grande partie, elles demeurent incomplètes et, surtout, n’incluent pas les manipulations apportées, essentielles à la réplication. Bref, impossible de reproduire les travaux dans l’état actuel.
Le MET Office, qui regroupe et publie les données du CRU, estime qu’il faudra 3 ans pour assembler les données brutes (perdues), dans son initiative de transparence annoncée en février dernier (refonte majeure des processus).
L’auteur de l’article publié dans LaPresse conclut, comme Judith Curry (climatologue), que les leçons du ClimateGate sont ailleurs, que le problème est plutôt lié à la communication. Peut-être devrait-il lire cette réplique, publiée sur le site WattsUpWithThat (WUWT), en réponse à Judith : Judith, I love ya, but you’re way wrong…
En voici les grandes lignes, en commençant par un résumé des propos de Judith Curry (traduction libre de la synthèse de Willis Eschenbach, WUWT) :
Ouf. Autour de la réplique de Willis Eschenbach (traduction libre des principaux éléments, mes ajouts en italique) :
- Le problème n’est pas lié à la façon dont les scientifiques on présenté leurs résultats, mais un problème de manque de substance. Les résultats sont régulièrement exagérés, les publications scientifiques sont remplies de «pourraient» et de «possiblement». La plaidoirie est tendance commune, les codes sont cachés, les données ne sont pas gardées. Il y a un effort concerté pour marginaliser et censurer les vues divergentes.
- Le plus inquiétant, c’est que pendant de nombreuses années, les scientifiques du climat de l’établissement (carbocentristes) n’ont jamais parlé de cette situation disgracieuse.
Par exemple, lorsque Micheal Mann fut sommé, devant un comité du congrès, de faire preuve de transparence et suivre les requis de base d’un scientifique, vous avez été outrés, car il s’agissait d’une insulte pour ce dernier. Alors qu’il fut récemment exonéré par l’une des pires opérations de blanchiment de l’histoire académique [NDT: voir l'enquête du Penn State - partie 6 de cette série], toujours aucune réaction des scientifiques de l’établissement!
- La solution n’est pas, tel que proposé, de donner aux scientifiques une plus grande voix, ou de les éduquer à mieux présenter leurs travaux «douteux» à un public plus large. La solution est de cesser de faire passer ces camelotes pour de la science, d’appliquer la rigueur scientifique au sein de l’établissement. Lorsque le ClimateGate a éclaté, il y a eu une indignation profonde et répandue… sauf dans la communauté des scientifiques de l’établissement. Hormis quelques rares voix isolées, le silence était ahurissant. Voilà qu’une autre opération de blanchiment (enquête bâclée) prend fin, et le silence perdure.
- Le manque de confiance vient du fait que vous êtes considérés complices, par votre silence, des malversations scientifiques d’une poignée d’individus. Lorsque Phil Jones a répondu à Warwick Hughes qu’il ne voulait pas lui fournir ses données pour contre-vérification (voir plus haut, dans la partie «Recherches vérifiées?»), personne n’a jugé bon de dénoncer ce comportement anti-scientifique… C’est pourquoi des scientifiques doivent avoir recours à la loi (FOI) pour espérer mettre la main sur des données afin d’en valider les résultats.
- Judith, vous affirmez que le débat est actif dans la blogosphère, mais que peu de scientifiques du climat de l’établissement y participent, sauf realclimate.org, les pionniers… Ces propos sont aussi incriminants que votre silence, sachant que realclimate a la réputation d’être un blogue scientifique PARCE QUE l’établissement refuse de critiquer les pratiques de ce dernier pour leur mépris des normes scientifiques et la censure qui s’opère pour toute vue divergente.
En effet, beaucoup de gens se plaignent depuis des années d’avoir été censurés parce que leurs propos ne vont pas dans le sens des auteurs (même sans être hostiles). La formule de blogue doit permettre l’échange, incluant les vues divergentes. Au passage, realclimate a pour auteurs principaux plusieurs des scientifiques impliqués dans le ClimateGate, dont Micheal Mann et Gavin Schmidt.
- La clé pour regagner la confiance n’a rien à voir avec la communication. Steve McIntyre (ClimateAudit) n’inspire pas la confiance parce qu’il est un bon communicateur, mais parce qu’il suit la bonne pratique en science : transparence, discussion scientifique et publication honnête des résultats. Faites de la bonne science, et insistez publiquement pour que les autres scientifiques du climat fassent de même.
Je termine avec un passage coloré du texte de Willis Eschenbach :
Tags: ClimateGate
Merci pour ce long et détaillé exposé. Même pour quelqu’un qui a suivi pas à pas cette histoire, c’est passionnant de lire cette synthèse.
Petite erreur typographique à réparer : à la fin, dans
“Je ne veux pas que vous appreniez à utiliser la blogosphère pour rependre votre alarmisme nocif et non scientifique. ”
Il faut remplacer “rependre” par “répandre”. En fait, en première lecture, j’avais lu “repeindre” … qui marche aussi, mais qui trahit le texte en Anglais, qui est clair !…
Merci pour la coquille. Il se faisait très tard :-)
J’ai envie de lire tout ça mais est-ce que ce serait possible d’avoir le dossier complet sur une seule page pour que je puisse l’imprimer plus facilement?
en passant la Presse a fait du copier-coller avec un éditorial anonyme de l’Agence Science Presse et n’a modifié que le titre.
http://www.sciencepresse.qc.ca/info.html
“C’est la seule agence de presse scientifique au Canada, la seule de toute la francophonie qui s’adresse aux grands médias plutôt qu’aux entreprises. Et c’est l’une des très rares dans le monde entier.”
voici la page originale que la Presse a repris:
http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2010/04/28/climategate-lecons
et voici le genre d’articles réchauffistes qu’on peut y lire en cherchant: climategate site:www.sciencepresse.qc.ca
http://www.google.ca/#hl=en&source=hp&q=climategate+site%3Ahttp%3A%2F%2Fwww.sciencepresse.qc.ca%2F&aq=f&aqi=&aql=&oq=&gs_rfai=&fp=6482c6dd40db2561
Le scandale du Climategate n’en est pas un
Les leçons du pétard mouillé
Le pétard mouillé de l’année
Les maîtres du déni: la piste de l’argent
(à propos de la piste de l’argent, dans une de ses conférences Richard Lindzen rappelle que Enron faisait du lobbying pour les bourses d’échange de carbone, et Al Gore, qui est déja très riche, investit dans des compagnies qui pourraient faire beaucoup de profits si les États-Unis obligeait tout le monde à réduire leur émissions de CO2. Certains journalistes Verts essaient de nous faire croire que ce sont les compagnies pétrolières qui mène le mouvement contre le RCA/AGW – les grosses corporations VS la Planète & l’Humanité – alors que des “deux” “côtés” il y a des gens riches qui essaient de protéger leurs investissements)
ce serait bien d’avoir ce dossier là en ’sticky’ en haut de page ou dans le menu à droite. Depuis que j’ai entendu parler du Climategate et que j’ai vu la grande qualité de certains blogs en anglais (ex: Anthony Watts) je me suis mis à avoir des doutes sur la propagande de Stephen Guilbault, Stéphane Dion, Al Gore et tous ces gens-là. J’ai hate de lire le dossier au complet, je manque de temps.
Bonne idée. Je verrai ce que je peux faire plus tard cette semaine (trop de travail pour l’instant).
Il y a en bas à droite une navigation par catégorie, dont la catégorie Climategate, pour l’ensemble de mes billets sur le sujet…