Au printemps dernier, Steve McIntyre publiait la photo ci-contre sur son site (ClimateAudit), laquelle avait retenu mon attention.
Ce paysage particulier est celui de la péninsule du Yamal, en Russie (GoogleMaps, Wikipedia).
Outre le fait que la région du Yamal est riche en gaz naturel, elle a un intérêt très particulier en ce qui concerne le réchauffement climatique…
Mais lequel? Voyons…
J’ai attendu longtemps avant d’écrire cet article, parce que la mise en contexte demandait un gros travail, et que le temps me manquait. Ce travail, il vient d’être exécuté avec brio par PapyJako, dont je vous convie à lire son article. Mais d’abord un petit résumé…
Dans son 3e rapport (2001), le GIEC publiait un célèbre graphique, devenu aussitôt le fer de lance du réchauffement climatique, c’est-à-dire la fameuse courbe en crosse de hockey de Micheal Mann (à droite).
Ce graphique, représentant les températures du dernier millénaire, réécrivait tout simplement l’histoire jusqu’ici acceptée, en suggérant cette fois que le climat aurait été stable de l’an 1000 à 1900 (le manche), puis obéissant à un réchauffement abrupt (la «crosse» pour les Français, ou la «palette» pour les Québécois). Nul doute que vous avez vu ce graphique quelque part, à moins d’avoir dormi pendant près de 10 ans!
Basés sur la dendrochronologie (étude des cernes d’arbres), les résultats obtenus par Mann et al ont été discrédités à plusieurs reprises et sur plusieurs critères (statistique, échantillonnage, interprétation…), au point où le graphique ne figure même plus dans le dernier rapport du GIEC (2007). Un coup dur pour le GIEC, sans doute, mais la conclusion est hélas demeuré, et pour beaucoup de gens ce graphique représente encore le climat du dernier millénaire (grâce à nos journalistes trop partisans qui n’ont pas voulu lâcher le morceau, ainsi que William Connelley pour Wikipédia).
Tel un zombie, la crosse de hockey refuse de mourir. Mais un nouveau coup meurtrier vient d’être porté. Le bon cette fois? Seul le temps nous le dira. Une étude récente, parue dans un prestigieux journal de statistique, vient de discréditer le travail de Mann et al, et ce malgré le fait que les auteurs aient tenu pour acquis que les données étaient scientifiquement conformes (ce qui est loin d’être le cas), se concentrant uniquement sur l’aspect statistique.
Pour en savoir plus sur l’histoire de la courbe en crosse de hockey et ce nouveau revers, lisez cette excellente synthèse de PapyJako : La trop longue agonie de la “Crosse de Hockey”.
Tel que mentionné dans l’article précédent, et dans cet article sur les proxies (outils de mesures indirectes), la dendrochronologie est un bien mauvais choix pour estimer la température passée.
D’abord, la croissance des arbres est influencée par plusieurs facteurs autres que la température, tels que :
- le CO2
- l’humidité
- la luminosité
- les maladies
- l’acidité du sol
- …
Et ce, sans compter que la croissance varie en fonction de l’âge des arbres (ce qui fut l’objet d’une autre critique passée) et que, dans un climat favorable soutenu, les arbres peuvent arriver à se compétitionner (surpopulation) et se nuire partiellement au point de laisser croire à une température inférieure.
Plus inquiétant encore, les arbres retenus pour la fabrication de la courbe en crosse de hockey ne montrent plus de croissance marquée après 1960 (au contraire, ils indiquent un refroidissement), alors que les thermomètres du globe (influencés en grande partie par le développement urbain) montrent un réchauffement. C’est dire que pour les années où nous avons un réseau de thermomètres pour valider l’hypothèse selon laquelle l’épaisseur des cernes d’arbres reflète la tendance climatique, on obtient le résultat opposé! De quoi remettre en question la fiabilité de ce proxy (ou des thermomètres?).
Qu’à cela ne tienne, on a remplacé les données des arbres gênantes par celles des thermomètres, qui font davantage notre affaire, et hop, ni vu, ni connu. C’est le fameux «hide the decline», mis en lumière par le Climategate.
Revenons à notre photo. Celle-ci montre la région d’où proviennent les arbres utilisés pour la reconstruction des températures, la péninsule du Yamal. On y remarque un phénomène intéressant, soit le fait que la région est une zone traversée par un cours d’eau avec des arbres situés majoritairement (voir presque uniquement) en bordure…
Avec un zoom arrière, on remarque même une bande verte (arbres, buissons) de part et d’autre du cours d’eau, alors que le reste de la péninsule comporte peu de végétaux (sauf en bordure des lacs). C’est dire que l’eau apporte vraisemblablement ce qu’il faut pour permettre aux arbres de croître, ce qui semble difficile ailleurs dans la région.
On peut alors émettre l’hypothèse que la croissance des arbres est directement liée aux conditions hydrologiques, surtout que ce genre de milieu est propice à être inondé, et voir le cours d’eau emprunter un parcours différent au fil des ans, comme le Mississippi aux États-Unis. Les arbres qui sont aujourd’hui un peu plus éloignés du cours d’eau (mais toujours dans la bande périphérique) étaient peut-être autrefois directement sur le rivage? A-t-on comparé leurs cernes de croissances? A-t-on tenté d’évaluer le tracé du cours d’eau dans le temps? Y a-t-il corrélation?
Cette observation frappante aurait dû être notée et traitée dans l’étude ayant pour but d’estimer la température basée sur la croissance. Il est fort possible que les arbres du Yamal reflètent davantage l’évolution hydrologique (apport en eau et en minéraux) de la région que la température.
N’oublions pas que les deux facteurs principaux pour la croissance des arbres sont le CO2 et l’eau. Comment a-t-on pu rejetté du revers de la main ces deux facteurs dans le traitement des données, surtout à la vue de cette distribution particulière et du fait que la majorité des arbres utilisés ne montrent pas une croissance en accord avec les mesures terrestres?
Notez qu’il est tout à fait possible qu’une analyse sérieuse à cet égard ait été faite, permettant de conclure que l’hydrologie particulière n’est significativement pas responsable des fluctuations observées. Mais aucune mention ne s’y rattache. Le point n’a jamais été traité.
Cette omission dans les travaux de Mann et Briffa jette un discrédit supplémentaire sur la reconstruction des températures à partir d’arbres.
Mais bon, si ce n’était que ça!
Tags: proxy
Comme d’habitude, une excellente synthèse !!!! Continuez ainsi, votre travail est remarquable!
Superbe !… Tout est dans la photo !… Les arbres se placent où ils trouvent de l’eau.
Qui est capable de dire où passaient les méandres il y a 100, 500, 1000 ans ?.. Comment imaginer que la variation de quelques dixièmes de température ait pu avoir plus d’influence sur le développement des arbres que les conditions hydrologiques locales ?
Cela me laisse perplexe.
Merci Yves
Dans le graphique que vous mettez en illustration, on peut voir que les données proviennent d’études sur les arbres, les coreaux, les carottes de glace et des données historiques.
Malgré ça, vous essayez de discréditer l’ensemble par la critique d’une seule source de ces données.
Question racourcis, vous n’êtes pas mal non plus.
@Nizette Didier,
Le graphique ci-haut est la courbe originale de Mann et al.(1998), publiée dans le 3e rapport du GIEC (2001). De nombreuses courbes similaires ont été produites par la suite pour «confirmer» les travaux de Mann, notamment en utilisant les données du Yamal, dont il est question dans ce billet.
En fait, ce que le graphique ci-haut ne dit pas (et qui fait qu’on obtient une forme en crosse de hockey), est le poids excessif accordé à la dendrochronologie (cernes d’arbres) par rapport aux autres proxies. En effet, les arbres sont des proxies bien utiles pour ceux qui veulent se débarasser de l’optimum médiéval, puisqu’ils ne répondent pas très bien à la température, contrairement à ce que les auteurs laissent entendre.
Voyez ce billet pour comparer avec d’autres proxies: Question de proxy!
Vous trouverez ici une synthèse (pdf) préparée par Lord Christopher Monckton qui explique plus en détails la crosse de hockey, dans lequel on y indique notamment que les auteurs du graphique ci-haut ont donné aux pins bristlecones (qui montrent un pic) un poids 390 fois supérieur aux autres proxies.
Vous pouvez aussi lire cet autre billet, toujours en lien: Quand le baril n’a pas de fond…