Comme par les années précédentes, Environnement Canada publiait à la fin décembre 2010 son palmarès des événements météos qui ont marqué l’année qui s’achevait. Quand météo et climat ne font qu’un, et que certains carbocentristes en profitent pour y blâmer le CO2, la nouvelle fait évidemment boule de neige dans les médias.
Par exemple, Steven Guilbault, dans sa chronique du 3 janvier (journal Métro), conclut avec la phrase suivante :
Si le palmarès concerne les événements canadiens, on y souligne également les événements internationaux, qui retiennent d’ailleurs davantage l’attention, avec en outre la vague de chaleur en Russie, les inondations au Pakistan et l’iceberg qui s’est détaché du Groenland…
Quelques précisions…
Pendant que la Sibérie et une grande partie de l’hémisphère Sud était sous une grande vague de froid, la partie Ouest de la Russie a subi une importante vague de chaleur à la fin juillet 2010, due à un blocage des courants-jets. Le phénomène est fréquent dans cette région, surtout à cette période de l’année, mais il fut beaucoup plus marqué qu’à l’habitude en 2010. Comble de malheur, des feux de forêts ont suivi. Un événement que les médias d’ici en ont traité abondamment.
L’image ci-haut montre les anomalies de température pendant la vague de chaleur (source).
Mais attention, cette vague de chaleur n’a rien à voir avec le RCA comme voudraient le faire croire certains, dont Steven Guilbault (notamment lors d’une entrevue à Radio-Canada en provenance du sommet de Cancún).
Même le NOAA précisait sur son site que les GES n’avaient rien à voir avec l’événement :
Tel que démontré sur le graphique ci-contre (source:NOAA), la région de Moscou ne montre aucune tendance à la hausse des températures en juillet (sauf un pic en 2009 et 2010, la dernière ne figurant toutefois pas sur le graphique).
Environnement Canada ajoute qu’il s’agit de la plus forte vague de chaleur en Russie depuis mille ans… Or, les thermomètres n’existent que depuis la seconde moitié du 19e siècle et les satellites depuis 1979! Je me demande sur quelle preuve scientifique ils appuient cette affirmation?
Si l’on peut estimer grossièrement la température historique moyenne via différents proxies, la détection de vagues de chaleur m’apparait plutôt difficile. Peut-être est-ce simplement parce que l’on estime qu’avant 1900, la température était plus froide et relativement constante (donc pas de vagues de chaleur), tel que le laissait croire la défunte courbe en crosse de hockey de Mann?
On remarque souvent dans les médias des expressions comme «première historique», «jamais vu» et «sans précédent» alors qu’on ne dispose que de quelques décennies de données. Cela est particulièrement fallacieux pour les observations qui ne remontent qu’à une trentaine d’années (ex. : satellites), soit le demi d’un cycle naturel d’oscillation du Pacifique ou de l’Atlantique.
Les inondations au Pakistan ont également fait les manchettes pendant plusieurs jours l’été dernier, en lien à une mousson importante. Encore une fois, certains y ont attribué pour cause le réchauffement climatique, sous-entendu nos émissions de CO2.
Une simple recherche sur le web aurait pourtant permis de constater qu’une mousson abondante en Asie figure parmi les bouleversements attendus lors d’un épisode La Nina (courant froid et persistent du Pacifique). Par exemple, les années 1942, 1973 et 1988 furent des années de grandes inondations, et sont également des années avec un La Nina.
Il se trouve justement que l’année 2010 fut marquée par la transition rapide d’un El Nino (qui explique le pic de chaleur en début d’année) vers un important contre-coup La Nina, d’abord senti dans l’hémisphère Sud et qui se taille une place à nos latitudes depuis peu.
L’excellent billet de Judith Curry (Pakistan on my mind), nous renseigne sur les facteurs «autres» que les précipitations.
Par exemple, des experts pakistanais croient que la mauvaise gestion des sols, les systèmes d’irrigations désuets et l’exploitation forestière seraient autant à blâmer que les précipitations, comme la coupe illégale de près de 70% des forêts à certains endroits…
L’absence d’arbres et le surpâturage réduisent considérablement la capacité d’absorption des sols. Aussi, les gens habitent de plus en plus près des canaux d’irrigation, dont plusieurs sont construits comme au 18e siècle, les rendant plus vulnérables.
Selon le Climate Himalaya Initiative, des erreurs humaines et d’ingénierie seraient également responsables des inondations. En effet, il y a de nombreux barrages sur les rivières (pour l’irrigation et l’hydroélectricité) dont les barrières n’auraient pas été complètement ouvertes pour laisser s’écouler l’eau qui arrivait des montagnes…
Si le réchauffement avait un lien quelconque avec l’abondance des pluies lors de la mousson, nous aurions une augmentation progressive de la pluviométrie pour les dernières décennies. Cela n’est toutefois pas le cas, tel que le démontre le graphique qui suit (aucune tendance nette entre 1844 et 2000), tiré d’un article publié dans le bulletin de la Société canadienne de météorologie et d’océanographie : «2010 Pakistan Floods: Climate Change or Natural Variability?», par Madhav L. Khandekar (CMOS Bulletin SCMO Vol.38, No.5, October 2010).
Le document, bien qu’en anglais, comprend un court résumé en français :
Notons au passage que le Pakistan était dans une anomalie négative de sa température atmosphérique (plus froid que la normale).
Un morceau de 245 km2 s’est détaché du glacier Petermann (Groenland) en août dernier, une nouvelle qui a rapidement fait le tour du monde. Par exemple, on pouvait lire dans le journal Métro:
Ed Markey, député au Massachusetts, avait même déclaré:
Notez qu’une fois la saison de fonte terminée (septembre), la glace se reforme rapidement. L’Arctique regagne jusqu’à 245 km2 (soit l’équivalent du bloc détaché) à chaque 2 minutes, de quoi mettre les choses en perspective…
J’en avais parlé ici: Un iceberg se détache du Groenland.
Parmi les événements canadiens, l’un retient évidemment l’attention : l’absence de neige aux Jeux d’hiver. Les Jeux Olympiques d’hiver de Vancouver ont lieu en plein El Nino, un événement difficile à prévoir lors du choix de la ville (2003), mais un choix néanmoins douteux, puisque la ville est bien connue pour ses hivers doux et pluvieux. Un article du Vancouver Sun indiquait en 2003, lors de la nomination:
Avec une température moyenne de 4.8 degrés C pour le mois de février et une maigre moyenne de 48 cm de neige par an, la dernière chose dont la région avait besoin était un El Nino!
Cela n’a pas empêché plusieurs médias, certains environnementalistes (David Suzuki, Steven Guilbault) et même Barak Obama, de blâmer les changements climatiques.
Dans son palmarès, Environnement Canada a fermé les yeux à plusieurs événements météo moins «glorifiants» (au sens qu’ils ne supportent pas le dogme du réchauffement), tout comme l’avaient fait les médias lorsque ceux-ci se sont manifestés.
Attention : météo n’est pas climat, et ceux-ci ne constituent en rien une preuve d’absence de réchauffement ou même un refroidissement (bien que l’inverse semble acceptable à en lire les médias!).
Voici donc une liste partielle d’événements «gênants» qui me viennent à l’esprit, question de faire contre-poids :
Pendant que l’hémisphère Nord vivait une saison estivale sous le signe d’El Nino, l’hémisphère Sud, elle vivait un hiver très rude, en lien au puissant La Nina qui prenait place dans la portion sud du Pacifique. Records de froid, de neige, plusieurs décès, rivières gelées (tuant des millions de poissons)… Même Buenos Aires fut couvert d’un manteau blanc!
Bien que le phénomène s’étendait à l’échelle du continent sud-américain (débordant même en Australie), pendant plusieurs semaines, les médias d’ici n’ont jamais traité du phénomène, préférant parler de la vague de chaleur en Russie, beaucoup plus propice à supporter le dogme. Voilà un exemple frappant de couverture sélective des nouvelles.
À lire également sur le sujet :
- Pendant notre caniculette, l’Amérique du Sud crève de froid
- Un bloc de glace se détache et alors, 6 millions de poissons congèlent en Amérique du Sud
- South America Cold Kills 175 – Where’s The Media?
Dans les jours qui ont précédé la finale de la Coupe Grey (football canadien), soit la fin novembre 2010, l’ouest du Canada (Alberta et Saskatchewan principalement) étaient en proie à une vague de froid intense, avec un mercure entre -20 et -30 degrés Celcius à Calgary.
Ce fut les éliminatoires les plus froides jamais enregistrées :
Heureusement pour les joueurs et spectateurs, lors de la finale le mercure a gagné quelques degrés pour atteindre -5 à -10 C.
Notons au passage une première tempête de neige le 21 septembre (20cm) dans la région de Banff…
Cette fois au moins, les médias en ont parlé. Toutefois, Environnement Canada n’a pas cru bon de le souligner… banal? Trop embarrassant?
L’hiver s’annonce rude encore une fois pour les Européens, avec un départ pour le moins glacial et très enneigé. Certains aéroports ont même été forcés de fermer, faute d’équipement pour dégager les pistes. On pense notamment à Londres (c’est que le MetOffice annonçait il y 10 ans que la neige ne serait plus qu’un souvenir aujourd’hui, alors on a pas cru bon investir dans l’équipement de déneigement).
La Floride, en proie à d’importantes vagues de froid, a dû prendre les grands moyens pour sauver ses fruits et légumes du gel en décembre, soit de faire voler des hélicoptères à très basse altitude au dessus des champs!
Rappelons qu’en janvier 2010, les archipels des Keys en Floride avaient subies une importante vague de froid, qui a fait blanchir les coraux (eh non, ce n’est pas que le chaud qui affecte ces derniers).
L’effet Gore s’est fait sentir encore une fois cette année lors d’un événement climatique important: le sommet de Cancún. En effet, pendant la tenue de l’événement, la ville a enregistré de nouveaux records de froid. Comme pour Copenhague, Dame Nature semble posséder un sens de l’humour :-)
En juin 2010, une vague de froid a causé une grande mortalité chez les pingouins d’Algoa bay, déjà classés comme espèce menacée…
Alors qu’on nous martèle avec l’année la plus chaude, on oublie que l’année 2010 fut celle de nombreux records de froids et de neige chez nos voisins du sud. Par exemple, pour la dernière semaine de l’année 2010, 539 nouveaux records d’accumulation de neige ont été enregistrés, ainsi que 338 records de froid. Quant aux records de chaleur, 18 ont été enregistrés pour la même période. Source: WUWT.
Probablement embarassé, le NOAA annonce maintenant que les accumulations importantes pourraient augmenter parce que les tempêtes vont plus vers le nord… :
Dr. Richard Keen a publié un billet intéressant sur WUWT qui montre que les observations (du moins à Philadelphie) ne vont pas en ce sens.


On remarque souvent dans les médias des expressions comme […] « jamais vu »
… ” depuis 3 ans, 10 ans, 30 ans, … ”
Malgré l’accroche qui fait la part belle au sensationnel, un constat évident s’impose : l’événement s’est déjà produit. Donc rien de nouveau sous le soleil, sauf l’emphase délibérée, mono-maniaque, lassante des médias. Et ridicule à force d’être systématique.
Quand je mentionne le froid ailleurs, on plaide que ce sont les changements climatiques (notamment, qui détruit le gulf stream et fait geler l’Europe) et que tout s’explique…
Toutefois, je pose une question : la “logique” climatique veut que les Prairies deviennent un désert (par leur contientalité). Or, depuis au moins 5 été, il pleut et neige plus. pouquoi?
Excellent billet. J’ajouterais que Steven Guilbeaut repete la mantra ecologiste de l’hypothese d’une boucle positive due la liberation du methane lors de l’ augmentation des temperatures de l’Artique.
Cette hypothese est tres controversee tel que demontre sur le blogue de la NASA (Real Climate) (billet intitule « Artic Methane on the Move ? du 6 mars 2010).
Voici en conclusion ce que l’auteur du billet ecrit “ Peats take time to degrade but hydrates also take time to melt, limited by heat transport. They don’t generally explode instantaneously. For methane to be a game-changer in the future of Earth’s climate, it would have to degas to the atmosphere catastrophically, on a time scale that is faster than the decadal lifetime of methane in the air. So far no one has seen or proposed a mechanism to make that happen”.
En d’autres termes, pour que la liberation du methane agisse comme boucle positive significative il faudrait que ce gaz soit libere de facon catastrophique. Le transfert de chaleur vers le pergelisol et les couches d’hydrate de methane due au rechauffement globale est dicte par les proprietes de conduction thermique du sol et par la capacite thermique du pergelisol. Puisque cette conduction est faible la liberation du methane ne peut etre catastrophique.