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Présentation de Karel Mayrand – première partie

Du 14 au 15 septembre dernier avait lieu de Gore-O-thon, officiellement connnu sous le nom «Climate Reality Project», dont j’ai déjà traité à plusieurs reprises (ici, ici, ici et ici).

Pendant 24 heures, 24 conférenciers se sont succédé pour présenter chaque fois le même diaporama de 30 minutes préparé par Al Gore et son équipe, afin de sensibiliser la planète à ce qu’ils appellent la réalité du climat, c’est-à-dire un survol des événements météo extrêmes des deux dernières années (marquées par un El Nino ET un La Nina, ce dont ils se gardent de mentionner bien entendu, attribuant plutôt le mérite aux activités humaines).

Selon les organisateurs et conférenciers, les événements météo extrêmes des deux dernières années démontrent le rôle de l’homme sur le climat. Vraiment? Il me semble que l’on confond ici météo et climat. Cela étant dit, que dire alors de ces événements des années 50, 60 et 70?

Parmi les conférenciers se trouvait Karel Mayrand (fondation Suzuki), qui nous a offert une prestation en français, dont je discuterai en plusieurs parties.

N’ayez craintes, même si vous ne faites pas parti des quelque 17 000 à 20 000 personnes qui ont «enduré» l’une des présentations (sur plus de 8 millions de tentatives), j’ai fait des saisies d’écrans pour que vous puissiez suivre mes propos.

Première partie: Introduction

La présentation commence par une série de photos d’inondations, principalement en lien à la forte mousson qui a frappé l’Asie en 2010 et aux précipitations abondantes de neige (hiver) et de pluie (printemps) aux États-Unis en 2011, tous deux attribuables en grande partie à La Nina (courant froid du Pacifique, opposé d’El Nino).

Rappelons que l’année 2010 fut marquée par la transition entre El Nino et La Nina, qui s’est fait d’abord dans l’hémisphère sud (été 2010), puis a eu des répercussions dans l’hémisphère nord quelques mois plus tard, principalement aux États-Unis.

Pakistan

Le Pakistan fut durement touché par la mousson l’année dernière, comme c’est malheureusement souvent le cas lors des épisodes La Nina (par exemple en 1942, 1973 et 1988). C’est donc sans grande surprise que le pays a été mis en avant-plan dans le diaporama.

Doit-on comprendre que cela a un lien avec l’activité humaine?
En tout cas, c’est bien ce que voudrait nous faire croire M. Mayrand. Cependant, les données ne supportent pas cette hypothèse. Voyez mon billet sur le palmarès 2010 d’Environnement Canada, dans lequel je traitais plus en détail des inondations au Pakistan

Mais pourquoi s’arrêter là, si l’on vise la peur et le sensationalisme? On ajoute gratuitement que les inondations ont «déstabilisé» un pays qui possède l’arme nucléaire:

D’abord, lorsqu’un pays est durement touché par un événement météo, les gens se serrent les coudes, les autres pays fournissent habituellement de l’aide, et les conflits sont typiquement mis de côté un certain temps. La menace d’utilisation du nucléaire est une bassesse incroyable et relève au mieux de pure fiction.

Le cas de l’Australie

Bien sûr, le spectacle ne pouvait passer à côté des inondations soi-disant historiques en Australie, même si elles cadrent dans la variabilité normale de la région, qui connait depuis toujours une alternance entre sécheresses et inondations. Voyez en contexte les inondations de 2010 par rapport aux données historiques.

Toujours selon le Bureau de météorologie australien (BoM), les 10 années qui ont reçu le plus de pluie depuis un siècle sont, dans l’ordre : 1974, 2010, 2000, 1973, 1950, 1975, 1956, 1999, 1917 et 1944.

Sur le graphique du BoM repris par Pielke, on remarque qu’entre 1841 et 1900, les inondations étaient beaucoup plus fréquentes et importantes. Que s’est-il passé depuis? Réchauffement climatique.

Note: Le pic de 1974 correspond aussi à un La Nina important.

Détour en Corée du Sud

Puisque le ridicule ne tue pas, les auteurs ont cru bon de récupérer le fait divers qui suit, suggérant des inondations plus qu’extrêmes… De la bouche de M. Mayrand:

Cet homme lave ses vitres après avoir été inondé, au 4e étage d’un bâtiment

Sans commentaire…

Ailleurs dans le monde…

La présentation fait par la suite état d’inondations en Chine et en Colombie, puis du débordement du fleuve Mississippi et des inondations en Montérégie (Québec).


Bien que les précipitations abondantes (de pluie ou de neige) sont plutôt aléatoires, il n’en demeure pas moins qu’elles sont généralement plus importantes lors d’un La Nina (du moins au Nord des États-Unis, au Nord-Est de l’Amérique du Sud et en Asie du Sud), et la période 2010-2011 n’y fait pas exception. Voyez à cet effet ce schéma fourni par le Met Office, qui montre les effets attendus de La Nina. Typiquement, le Sud des États-Unis vit une sécheresse lors de La Nina, tel qu’illustré dans le lien précédent, et discuté ici). Nous y reviendrons dans une autre partie de cette série…

Les États-Unis ont connu un hiver froid et très enneigé, entrainant un débordement de plusieurs rivières au printemps, dont le Richelieu au Québec, qui prend source dans le parc des Adirondacks (État de New York). Ajoutons à cela la fonte tardive (en raison du froid persistant), combinée à d’importantes précipitations en avril et mai.


Enfin, puisqu’on y est, soulignons que cet air froid persistant fut en grande partie responsable de la saison active de tornades aux États-Unis, lorsque les vents chauds du sud ont rencontré l’air froid plus au nord.

Mention spéciale pour le Tennessee

Au Tennessee, nous dit-on, les pluies torrentielles observées en mai 2010 ne se produiraient qu’une fois tous les 1000 ans!

Dans les faits, selon le NOAA, ce qualificatif signifie simplement avec une probabilité de 0.1%. Je me demande sur quoi on se base pour attribuer cette probabilité, puisque nous avons un historique très limité, soit seulement un peu plus de 200 ans. Vous trouverez ici quelques données historiques pour le Tennessee, dont les inondations importantes de 1926-1927 (était-ce la faute de l’homme?).

Typhon aux Philippines

Le typhon Megi (on appelle «typhons» les ouragans du Pacifique), qui a touché les Philippines en 2011, aurait été le plus intense de l’histoire, avec 1.14 m de pluie en 24 h.

En cette année plutôt calme côté activité cyclonique à l’échelle globale (comme c’est le cas depuis 2006), mais dont il ne faut surtout pas faire état, le typhon Megi s’est démarqué et a retenu l’attention de l’équipe, qui doit être soulagée d’avoir trouvé un cas pour soutenir ses propos.

Même l’ouragan «Irène», dont on nous a cassé les oreilles pendant des semaines cet été, n’était (fort heureusement) plus que tempête tropicale au moment de frapper la côte Est américaine.

Et au Brésil

Je terminerai cette première partie avec l’exemple du Brésil, qui a aussi connu des pluies diluviennes (en janvier 2011), causant des inondations. Ici, M. Mayrand nous dit qu’en réaction à ces inondations, le président Lula da Silva a annoncé:


L’ironie, c’est que cette citation remonte à mai 2009, soit presque deux ans AVANT les inondations!

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