Je viens de terminer la lecture du livre de Donna Laframboise intitulé «The Delinquent Teenager Who Was Mistaken For The World’s Top Climate Expert (IPCC Exposé)», un livre que j’attendais depuis très longtemps.
Voici mes premières impressions sur cette analyse du fonctionnement du GIEC pour la production des rapports à la base de la question climatique…
D’abord, je seconde Ross McKitrick en ce qui concerne sa critique de l’ouvrage:
- Pour ceux et celles qui doutent déjà un peu du bon fonctionnement du GIEC, vous allez vos régaler (et apprendrez davantage de faits troublants). Un livre À LIRE.
- Pour ceux et celles qui ont plutôt confiance dans la rigueur, la transparence et l’objectivité du GIEC, vous subirez un choc. Vous DEVEZ lire ce livre.
Voilà plus d’un an que je consulte le blogue de Donna Laframboise (nofrakkingconsensus.com), un incontournable qui se distingue surtout par ses enquêtes journalistiques sur le GIEC, ses intervenants, ses rapports. On y trouve une manne d’informations (troublantes) en lien à la «Bible climatique», c’est-à-dire le populaire rapport du GIEC sur les changements climatiques (dont la dernière édition -AR4- a été publiée en 2007).
On nous dit depuis des années que le GIEC est la référence en matière de climat, que ses rapports sont préparés par les meilleurs experts de la planète, suivant un processus scientifique rigoureux. Seuls les travaux publiés dans les journaux à comité de relecture (peer-review) y seraient admis, et des milliers de spécialistes s’assureraient d’y offrir le meilleur constat de la science sur le climat.
Le GIEC est sans contredit l’autorité en la matière, et ses rapports (surtout le dernier, en 2007) sont à l’origine de pratiquement toutes les décisions politiques en lien aux émissions de CO2, qui coûteront des trilliards de dollars.
On peut faire confiance au GIEC, nous dit-on, PARCE QUE c’est ce qu’il y a de plus sérieux. Yeah, right!
Pour les habitués du site de Donna, on se rappelle que parmi les supposés experts on compte plusieurs scientifiques associés à Greenpeace et à la WWF, des étudiants, des activistes… Bref, pas toujours les mieux qualifiés et les plus objectifs.
Côté références, parmi les 18,531 que compte le dernier rapport, 30% (soit 5,587) proviennent de la littérature grise (sans comité de relecture), tel que révélé par l’audit publique mené par l’auteure l’an passé. Rappelons que le son Président ne cesse de crier sur les toits depuis des années que seuls les travaux revus par les pairs sont acceptés, qualifiant même les autres de déchets.
Enfin, on apprend depuis un certain temps sur son blogue que le GIEC est tout sauf transparent, qu’il ne se gêne pas pour faire fît des règles afin d’admettre un article qui va dans le sens de ses conclusions, ou encore qu’il rejette du revers de la main les articles et commentaires contraires à sa vision.
Le GIEC est comme un enfant qu’on a jamais corrigé, jamais confronté à ses erreurs, et qui a toujours été isolé des conséquences (au contraire, on l’a toujours félicité). S’en suit une absence d’auto-discipline, de recherche d’excellence, de jugement. Devenu adolescent, celui-ci devient alors le problème de tous, surtout qu’il occupe un des postes les plus importants de la planète…
Ce rapport à l’origine de l’hystérie planétaire est le travail d’un adolescent ayant de la difficulté à distinguer le bon du mauvais.
Le livre montre le contraste entre l’image projetée du GIEC (par son président – Pachauri – et les médias) et ce qu’il en est réellement quand on creuse un peu. Déceptions garanties pour ceux et celles qui prenaient le GIEC au sérieux!
Pour ma part, je suis plus convaincu que jamais que le groupe doit être dissous, car non seulement on constate des irrégularités extrêmement troublantes, elles sont répétés à chaque rapport, incluant celui en préparation (AR5). Par exemple, la nouvelle politique de conflits d’intérêts, en réponse à la critique, n’a pas été appliquée pour la sélection des participants de l’AR5 – afin de ne pas créer de sentiment d’injustice chez ceux-ci! Le problème est simplement trop profond.
Le livre reprend la plupart des thèmes discutés sur le blogue de l’auteur (rapport de l’IAC, contre-expertise de Jonhnston, affiliations au WWF, auteurs principaux encore étudiants, témoignages d’experts ayant quitté le GIEC, scandale du himalayaGate, arrogance et mensonges de son président Pachauri… et y ajoute de nouvelles informations.
Il s’agit d’un formidable ouvrage de recherche, bien appuyé, et qui propose enfin un regard critique vers l’organisme onusien que personne n’ose remettre en question en raison de son autorité. Mais celle-ci n’est pourtant pas gage de qualité, et le livre en fait la démonstration.
Le livre n’est présentement offert qu’en version électronique (Kindle ou PDF), mais une version papier sera également disponible prochainement.
Si vous n’avez qu’un livre à lire sur le réchauffement climatique, celui-ci est certainement parmi les meilleurs choix.
Les critiques du livre sur Amazon.com sont assez unanimes, avec une cote de 4 ou 5 (au moment d’écrire ces lignes, 76% ont accordé une note de 5/5, et 13% une note de 4/5, pour un total de 89%).
Pour le reste, on a des notes de 1, soit l’opinion de fervents défenseurs du GIEC. Ironiquement, ceux-ci n’ont pour la plupart pas lu le livre (par exemple Peter Gleik, dont j’ai parlé dans l’histoire de Spencer et Braswell, lequel nous apprenait qu’en science une nouvelle hypothèse doit aussi être validée par les modèles pour être acceptée!). Ces derniers s’assurent simplement de ternir l’image du livre et de dire aux gens de ne pas le lire. «Circulez, il n’y a rien à voir!»
Pourquoi prendre la peine d’écrire un tel commentaire alors qu’on a pas lu l’ouvrage? Que veut-on absolument éviter que les gens lisent?
Lisez-le et faites votre propre opinion de la science du GIEC. Le livre est accessible à tous, et à tous les porte-feuilles (5$).
Vous pouvez, après lecture évidemment pas comme un Gleick de caniveau, donner votre avis en français sur http://www.amazon.fr
@Marot,
Oui, j’en avais l’intention.
J’utilise souvent les critiques (sur Amazon ou ailleurs) pour décider si j’achète ou non ou livre. C’est pourquoi je publie des critiques de livres ici (en me disant que ça peut être utile aux autres, ou à tout le moins leur faire découvrir un ouvrage). Comme il n’y a toujours pas de critique en français sur Amazon, je me ferai un devoir de le faire cette semaine.
Sans grande surprise, la WWF n’a pas appréciée la sortie du livre de Donna Laframboise, au point de publier un communiqué de presse : http://wattsupwiththat.com/2011/10/24/wwf-in-denial-over-donna-laframboises-new-book …
Une autre sortie qui risque d’avoir l’effet inverse, comme le commentaire de Peter Gleik sur Amazon (voir mon premier commentaire), c’est-à-dire encourager les gens à lire le livre au lieu de l’ignorer, car cela laisse croire qu’il y a anguille sous roche…
La réplique de Donna: http://nofrakkingconsensus.com/2011/10/24/wwf-issues-press-release-about-my-book/
@ Yves Pelletier
«Comme il n’y a toujours pas de critique en français sur Amazon, je me ferai un devoir de le faire cette semaine.»
C’est fait :) il y en a une.
Je viens de publier une crique sur Amazon.fr, qui sera normalement visible d’ici 48h…
La voici en attendant:
On accepte les conclusions du groupe PARCE QU’elles proviennent (apparemment) des meilleurs experts de la planète et font l’objet d’un examen rigoureux et objectif de la littérature scientifique. La crème de la crème, nous dit-on!
Or, Donna Laframboise n’est pas de ceux et celles qui acceptent une hypothèse comme un fait simplement parce que celle-ci provient de l’autorité.
L’auteure fut d’abord piquée de curiosité par un billet de l’économiste Richard Tol (auteur du GIEC), dans lequel celui-ci indiquait que l’organisme aurait ignoré la littérature révisée par les pairs au détriment d’articles de «littérature grise» (sans peer-review) afin de supporter ses conclusions, lesquelles ne vont pas dans le sens des experts. Elle entreprit donc de vérifier si l’événement était un cas isolé ou non.
La surprise fut de taille. Et la suite se trouve dans son livre…
Donna Laframboise n’hésite pas à se mouiller avec cette enquête sur les rouages du GIEC et ses collaborateurs. Elle soulève de nombreux faits embarrassants, qui remettent en doute la crédibilité scientifique du groupe et de ses rapports.
Le tout est supporté par de nombreuses références, incluant le rapport accablant d’une enquête menée en 2010 par l’IAC (conseil interacadémique) et un questionnaire anonyme mené par ce dernier auprès de certains membres du GIEC.
Puisse cet ouvrage attirer suffisamment l’attention pour que d’autres suivent les traces de Donna, et que le GIEC soit complètement réformé ou démantelé, car il est présentement bien trop politisé pour avoir la crédibilité qu’on lui accorde.
Les extraits du livre de Donna Laframboise que j’ai lu jusqu’à maintenant montre à quel point il faut séparer complètements les rapports WG2 et WG3 du rapport beaucoup plus scientifique WG1. Il faut aussi changer complètement le système de revue par les pairs et essayer d’exclure les climatologues activistes du processus de révision. Ce qui est particulièrement nuisible au processus scientifique est le principe de précaution.
Un article qui m’a particulièrement agacé dernièrement est celui de Jim Hansen: “Scientific Reticence and Sea Level Rise” publié dans la revue: Environ. Res. Lett. 2 (April-June 2007) dans lequel il écrit:
“Scientific reticence may be a consequence of the scientific method. Success in science depends on objective scepticism. Caution, if not reticence, has its merits. However, in a case such as the ice sheet instability and sea level rise, there is a danger in excessive caution. We may rue reticence, if it serves to lock in future disasters”.
En autres mots,la prudence scientifique est utile en science sauf s’il s’agit d’éviter une catastrophe. L’ erreur de logique de Jim Hansen c’est qu’il affirme qu’il y a un danger sans le prouver de façon scientifique. Avec un tel raisonement la science devient inutile puisqu’on peut arbitrairement définir une situation comme étant dangereuse puis simplement affirmer que les scientifiques sont trop prudent.
@RaymondT,
En effet, le WG2 (impacts) et WG3 (solutions) sont beaucoup plus politisés que le WG1 (qui traite de la science), et utilisent pas mal plus de littérature grise pour supporter leurs conclusions. Mais le problème existe aussi dans le WG1.
Le processus de revue par les pairs est particulièrement corrompu au sein du GIEC, et je ne parle pas de copinage ou de la partisanerie (ce qui est un autre problème majeur), mais de la non application des bases du peer-review qui s’opère normalement dans la littérature scientifique.
Exclure les activistes? Pratiquement impossible avec la structure actuelle du GIEC (façon dont elle recrute ses membres, politique de conflits d’intérêts qui ne sera pas en place avant le 6e rapport…). Le GIEC sert à alimenter le UNFCCC, qui lui s’occupe du contrôle des émissions (par exemple le Protocole de Kyoto). Tout était déjà décidé en 1992 au sommet de la Terre quand on a décidé de contrôler les émissions de CO2 via le UNFCCC, alors que le GIEC n’avait pas encore reconnu le CO2 comme un facteur significatif (1er rapport, 1990). Le GIEC a une vocation aussi politique que scientifique, et il semble impossible de les dissocier.
Le principe de précaution est problématique. Théoriquement, tout peut arriver. On pourrait se faire attaquer par des extra-terrestres, entrer en collision avec une comète ou je ne sais quoi. Or, si cette probabilité est infime, et que les moyens de s’en prémunir sont très dispendieux, avec peu de chance de succès et que les conséquences de ces actions ont un risque plus élevé de causer un problème majeur, il ne faut pas l’appliquer. C’est pourquoi on ne met pas des sommes astronomiques pour éviter une comète…
Le principe de précaution pour le réchauffement ne tient pas tant qu’on aura pas démontré que le jeu en vaut la chandelle (risque/coûts/bénéfices). On est prêt à mettre à genous la population du monde pour un problème hypothétique dont on ne sait démontrer la cause, ni évaluer si l’impact sera négatif ou positif (notez qu’on ne parle jamais des côtés positifs du réchauffement, souvent plus nombreux). Le risque d’appauvrir considérablement les gens et de détourner des sommes importantes qui auraient pu servir à la santé, l’alimentation ou je ne sais quoi est bien plus grand que les conséquences du récahuffement à long terme. Le principe de précaution devrait s’appliquer à l’inverse de ce qu’on nous dit.
@Yves Pelletier, Merci pour vos réponses claires et précises et continuez votre excellent travail. Je visite votre blogue presque tous les jours.
Le livre est maintenant disponible en version imprimée!
http://nofrakkingconsensus.com/2011/10/28/a-paperback-is-born/
http://wattsupwiththat.com/2011/10/28/donnas-ipcc-delinquent-teenager-now-in-paperback/
parlant de la WWF: l’organisme écologiste signe une entente avec Coca-Cola pour parler du réchauffement… heu désolé, je voulais dire des changements climatiques, et de l’avenir des ours polaires sur leurs cannettes:
http://fr-ca.actualites.yahoo.com/coca-cola-veut-prot%C3%A9ger-les-ours-blancs-204521202.html
“Pour appuyer la cause, les canettes de Coca-Cola seront blanches — plutôt que le traditionnel rouge — entre le 1er novembre et 15 janvier prochain, au Canada. Le public pourra également faire des dons sur le site web de la compagnie.”
Du positif de chaque côté: Coca-Cola se donne une image positive avec du ‘greenwashing’ et le WWF poursuit sa propagande pour renflouer le navire idéologique dans lequel ils ont investis autant d’efforts.
Vous pourriez profitez de l’occasion pour rappeler à vos lecteurs que l’ours se porte mieux qu’on pense:
http://www.rechauffementmediatique.org/wordpress/2009/08/04/ours-en-peril/
-> Merci Martin, j’ai écrit un billet rapidement sur le sujet. Merci de l’utiliser pour la suite des commentaires sur ce sujet. – Yves