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Télé-Québec s’attaque aux climatosceptiques – première partie

Jusqu’ici, la chaîne télévisuelle Télé-Québec s’est fait, à ma connaissance, plutôt discrète en ce qui concerne le réchauffement climatique. Les rares émissions scientifiques qu’on y trouve abordent très peu souvent le thème, dont la couverture revient généralement à Radio-Canada. Cela dit, l’émission «La Vie en Vert» a récemment diffusé un reportage intitulé «LES CLIMATO-SCEPTIQUES», auquel j’ai bien entendu prêté attention.

Pour accompagner celui-ci, le site de l’émission propose une page web qui sert à la fois de synthèse et de complément d’information. Il y a tellement à dire sur les deux média (télé et page web), que je les traiterai en plusieurs billets.

Le reportage se veut un portrait des principaux arguments des climatosceptiques, tout en offrant des contre-arguments pour «confondre» ceux-ci, un échec colossal dont je traiterai en seconde partie.

Pour l’instant, concentrons-nous sur la portion web de l’émission.

La cause est entendue

Le texte du site donne le ton dès le premier paragraphe:

Le consensus scientifique est clair : la planète se réchauffe dangereusement et l’homme est en la cause principale (voir références à la fin de ce texte). Mais des sceptiques crient haut et fort le contraire. Ils nient que la Terre se réchauffe, ou du moins que ce réchauffement est causé par l’homme, et qu’il pose une menace sérieuse.

Le consensus est peut-être clair aux yeux des journalistes partisans comme M. Journet, ou de ceux qui s’abreuvent des nouvelles offertes par les grands médias ou les Suzuki et Guilbault de ce monde, mais c’est loin d’être le cas dans la communauté scientifique, même si on note qu’une majorité adhère encore au RCA. Il suffit de s’informer un peu sur le web (ailleurs que via les agences de presse!) pour voir que le débat est houleux et que la science du climat est loin de faire consensus.

C’est d’ailleurs ce que font de plus en plus de gens, intéressés à en apprendre sur les divers facteurs du climat, plutôt que de se limiter à la pensée unique du CO2 anthropique et au discours politico-alarmiste véhiculé par les médias de masse.

Appel à l’autorité

L’appel à l’autorité (le soi-disant consensus), n’en déplaise à l’auteur, n’est pas un argument …



Selon le grand physicien Albert Enstein, la confiance aveugle en l’autorité serait d’ailleurs le pire ennemi de la vérité:

Blind belief in authority is the greatest enemy of truth.

Dans un tout autre registre, Joseph Goebbels (Ministre du Reich à l’Éducation du peuple et à la Propagande, 1933 à 1945) aurait déclaré qu’en répétant un mensonge suffisamment, celui-ci peut devenir vérité:

If you repeat a lie often enough, it becomes the truth.



Mais revenons à nos moutons…

Climato-sceptiques, une minorité de gens?

Le texte de Journet se poursuit ainsi:

Sont-ils nombreux? Les climato-sceptiques représenteraient 25% des Américains, 15% des Canadiens et 10% des Québécois, rapporte Érick Lachapelle, politologue à l’Université de Montréal, et auteur d’une étude sur la formation des idées dans le débat public.

J’aimerais bien voir l’étude sur laquelle s’appuie M. Lachappelle (la sienne sans doute?), car d’autres sondages indiquent des chiffres très différents (par exemple, seulement 42% des Américains croient au RCA (2011), 26% au Royaume-Uni (2010) et 48% au Canada (2011) dont 39% au Québec…).

Ces chiffres vont en augmentant au fil du temps (passage du camp carbocentriste au camp sceptique), particulièrement suite aux nombreux scandales en climatologie (dont le Climategate 1 & 2), au statuquo des températures depuis plus d’une décennie et à l’échec des promesses d’économie verte.

Comme nous le verrons plus loin, la formulation des questions peut orienter grandement les résultats d’un sondage.

En science, le consensus ne veut rien dire. Galilée, Einstein et Wegener, pour ne nommer qu’eux, ont apporté beaucoup à la science, et ce malgré le fait qu’ils étaient à contre-courant!

Enfin, comme le disait Vincent Courtillot, lors d’une présentation à Strasbourg:

Quelle que soit la nature d’un sujet scientifique, quand on vous dit que ce sujet scientifique est réglé, qu’il n’y a plus besoin de regarder, que les solutions sont connues et qu’il n’y a plus lieu à débat, inquiétez-vous! C’est que vous êtes en train d’approcher du dogme ou de la religion, mais pas de la science. Là où il n’y a plus de débat, il n’y a plus de science.
Fabriquer un consensus scientifique

L’argument principal du reportage télé et de la page web repose sur le soi-disant consensus scientifique, citant à l’appui une étude selon laquelle 97% des scientifiques seraient d’avis que la Terre se réchauffe, principalement à cause de l’homme :

Une étude publiée en mai 2011 par les universités américaines Yale et George Mason, a mesuré la perception du consensus scientifique et révèle que pas moins de 97% des scientifiques croient au réchauffement climatique. Pourtant, seulement 40% des Américains croient que ce consensus existe.

Ouf, il faut faire vos devoirs, M. Journet!

L’étude des Universités Yale et George Mason dont vous faites allusion a été produite par Maibach et coll. (2011), et porte sur l’opinion des MÉTÉOROLOGISTES à propos des changements climatiques. Les conclusions de celle-ci ne vont d’ailleurs absolument pas dans le sens du soi-disant consensus…



En effet, contrairement à l’étude de Doran et Zimmerman (celle que vous auriez dû citer pour appuyer vos statistiques), Maibach note que seulement 19% des météorologistes croient que les changements climatiques sont principalement attribuables à l’homme (34% à parts égales entre l’homme et la nature, et 29% principalement d’origine naturelle). En somme, la majorité des météorologistes ne croient pas que l’homme soit la cause principale des changements climatiques!



Revenons à la «bonne» étude, qui ne provient pas du Yale et de George Mason, mais d’une thèse de maîtrise de Maggie Kendall Zimmerman (Université de l’Illinois), sous la direction de Peter Doran.


Doran et Zimmerman ont approchés, pour leur sondage, 10,257 scientifiques de la Terre (géologues, géographes, océanographes, paléontologues…). Les résultats devaient sans doute être décevants, puisqu’ils ont décidé en bout de piste de ne présenter que la vision d’un minuscule sous-groupe composé de 77 individus, dont 75 croient au rôle de l’homme (le fameux 97%).

Ceuillette sélective dès le départ

Notons d’abord qu’en se limitant aux scientifiques de la Terre, nos chercheurs ont systématiquement éliminé les experts susceptibles de croire au rôle du Soleil et du mouvement des astres sur notre climat (par exemple les physiciens, scientifiques experts du Soleil et du cosmos, astronomes…). Quand on veut obtenir un consensus, quoi de mieux que d’éliminer d’entrée de jeu les scientifiques qui risquent de miner celui-ci?

Les questions

Notons que le sondage s’est fait via internet, avec un taux de participation de 30.7% (3,146 répondants). Les deux questions posées furent les suivantes:

  1. En comparaison des mesures avant 1800, croyez-vous que la température moyenne globale a généralement augmentée, chutée ou restée stable?

  2. Croyez-vous que l’activité humaine est un facteur significatif sur le changement des températures globales?

Ces questions sont clairement formulées pour obtenir le résultat escompté. En répondant franchement à celles-ci, je ferais même sans doute partie du consensus!

1. Augmentation de température

D’abord, pratiquement tous les sceptiques du RCA semblent d’accord avec l’affirmation que la Terre s’est réchauffée depuis le 18e siècle, moi inclus. Ce qui étonne, c’est que 10% des scientifiques sondés ont tout de même indiqué ne pas croire à un réchauffement pour cette période. Il est possible que ceux-ci aient répondu de la sorte pour ne pas donner raison à la statistique attendue.

2. Rôle de l’homme

Quant au rôle significatif de l’homme, la question est embêtante. D’abord parce qu’on ne distingue pas de quelle façon l’activité humaine contribue à ces changements (déforestation, urbanisation, agriculture, charbon noir, CO2…). Bon nombre de sceptiques du RCA croient que le rôle de l’homme sur le climat ne se limite pas aux émissions de GES, voire davantage via d’autres activités. Une réponse affirmative ne signifie pas nécessairement que la personne attribue l’effet aux émissions de CO2, bien que l’interprétation des résultats a de grandes chances d’aller en ce sens.

Mais surtout, qu’est-ce qu’une contribution significative? 2%, 5%, 10%, 25%, 50%? Je suis d’avis que l’homme joue un rôle sur le climat (non limité au CO2), mais que celui-ci n’est pas prépondérant par rapport aux causes naturelles. Est-il pour autant significatif? Difficile à dire. En comparaison des facteurs naturels, je crois qu’il est négligeable, mais pris seul il n’en demeure pas moins significatif jusqu’à un certain point. Je serais donc embêté devant la seconde question, et pourtant je suis un sceptique du RCA bien avoué.

Voilà sans doute pourquoi 82% ont répondu par l’affirmative à la seconde question…

Ceuillette sélective additionnelle

Malgré le filtre, le chiffre obtenu n’était probablement pas assez percutant pour les auteurs (près d’un scientifique sur cinq demeure non convaincu!). Donc, pour améliorer les résultats, ceux-ci ont décidé de ne garder qu’un sous-groupe susceptible d’être «plus favorable»…

Pour ce faire, ils ont décidé d’exclure tous ceux qui n’ont pas récemment publié dans des revues à comité de relecture en lien au climat (ajoutons la difficulté avec laquelle les sceptiques parviennent à passer le filtre du «pal-review» de ces revues).

Le nombre de scientifiques qui se qualifient chute alors à 300. Mais les résultats ne semblent pas encore assez bons, car ceux-ci incluent des spécialistes de disciplines dérangeantes comme la météorologie, dont il faudrait de débarrasser. Doran décide alors de limiter les résultats à ceux qui publient principalement sur le climat et qui s’identifient comme des experts du climat. Ah, beaucoup mieux…

On obtient cette fois 77 scientifiques, dont 2 qui ne croient pas que la contribution humaine soit suffisante pour être considérée comme «significative». Bingo!

Et on laisse croire qu’ils représentent l’ensemble des scientifiques!
Naïveté ou malhonnêteté?

Pour plus d’infos, voyez ce billet de Lawrence Solomon: 97% cooked stats.

Au passage, M. Journet fait allusion à 40% des Américains qui doutent du consensus. Cette étude parle plutôt de 57%.

Comment expliquer le fossé entre le consensus et l’opinion publique?

En réponse à cette question, l’auteur nous sort, en tête de liste, l’incontournable lobby pétrolier. Mais comme celui-ci n’explique pas tout, il fait aussi appel à M. Lachapelle (politologue), qui ajoute une autre valeur sûre: les gens préfèrent nier la réalité que de l’affronter (faire des efforts). On évite le mot «négationniste», mais la portion déni trouve son chemin.

Question de se démarquer des autres critiques envers le scepticisme du RCA, M. Lachapelle ajoute le «phénomène du classeur» :

Mais il y a plus, selon le professeur Lachapelle. Il accuse aussi ce qu’il nomme le « phénomène du classeur ». Selon lui, nous ne traitons pas l’information de façon neutre et objective. Notre cerveau fonctionne plutôt comme un classeur. Et ce classeur est ordonné de telle sorte qu’il essaie de confirmer nos préjugés. Si une information semble confirmer nos idées, on la place en avant. Sinon, on la relègue au fond du tiroir.

Le plus ironique, c’est que M. Lachapelle utilise cet argument pour parler des sceptiques du RCA, alors qu’il correspond précisément au comportement inverse (encore de la projection!).

Depuis plus de 15 ans, les médias nous bombardent que la Terre se réchauffe de façon dangereuse, et que c’est la faute de l’homme. Nous sommes conditionnés à cette vision parce que la présentation objective des arguments des sceptiques du RCA (c’est-à-dire autre que de ridiculiser ces derniers) est à peu près inexistante dans nos médias. Le reportage de Télé-Québec en est une autre démonstration.

Du coup, toute information nouvelle (par exemple, vague de chaleur ou recul d’un glacier) est systématiquement classée pour la plupart des gens comme un renforcement de ce qu’on nous dit depuis longtemps, sans besoin d’explication détaillée (de toute façon, on ne lit que les premières lignes), une info qui se retrouvera en avant de notre classeur, en suivant la métaphore de M. Lachapelle.

En remplaçant subtilement le terme «réchauffement climatique» par «changements climatiques», les journalistes arrivent même à faire passer aussi bien une tempête de neige que l’absence de neige en tant que démonstration du RCA, sans que la plupart des gens ne sourcillent.

Devenir sceptique

Bien qu’il existe probablement un faible pourcentage de gens prédisposés à rejeter dès le départ l’hypothèse du RCA pour des raisons idéologiques (au même titre que des extrémistes verts dans le sens inverse), la plupart des sceptiques du RCA le sont parce qu’ils ont, à un certain moment, décidé d’exercer un regard critique, de s’intéresser à la démonstration scientifique, aux arguments des experts qui doutent du RCA, tout en mettant de côté temporairement les idées reçues.

Cet exercice demande de faire l’effort d’aller au-delà des médias de masse, qui ne relaient pratiquement qu’une version des faits, pour ensuite comparer les arguments de part et d’autre. C’est ce que j’ai fais il y a 5 ans (j’étais alors carbocentriste).

En creusant pour argumenter avec un collègue de travail, j’ai pris conscience de la fragile fondation qui supporte l’hypothèse du RCA, et des nombreux facteurs naturels arbitrairement mis à l’écart pour ne pas gêner la vision.

Il m’a fallu plusieurs mois à lâcher-prise de ma position conforme au dogme et accepter petit à petit que la plupart des infos reçues jusque-là ne tenaient scientifiquement pas la route. Comme cette information est moins accessible en français, j’ai décidé d’entreprendre un site pour y remédier partiellement, afin de permettre aux gens qui veulent creuser sur le sujet de trouver quelques infos.

Je ne prétends pas détenir la vérité, pas plus que les scientifiques sur lesquels j’appuie mes propos. La science est en constante évolution, la climatologie est encore à ses débuts. Jamais celle-ci ne deviendra sérieuse et fiable si elle refuse comme elle le fait d’être examinée par les gens en dehors du cercle restreint de climatologues et si elle continue d’être étroitement associée à la politique.

La critique des travaux de climatologie doit être encouragée, et non muselée. Les mesures de lutte au RCA reviennent aux politiciens, qui doivent s’appuyer sur une science solide. Pour y parvenir, il faut faire preuve de transparence, partager les données et méthodologies avec d’autres scientifiques pour permettre la réplication, véritable clé de l’avancement scientifique.

Le reportage de l’émission «La Vie en Vert», comme nous le verrons dans la seconde partie
, ne rend pas service à la cause. En marginalisant et en ridiculisant ceux qui critiquent le RCA, il ne fait que mettre en lumière le côté dogmatique de la cause.

3 Réponses à “Télé-Québec s’attaque aux climatosceptiques – première partie”



  1. Bravo pour cette synthétique réponse. Je suis passé comme vous du “carbocentriste” au “climatosepticisme” quand j’ai commencé à m’intéresser au RCA (bien que ces termes soient caricaturaux).
    Pour ma part, ce qui m’étonne le plus, c’est l’absence de réponse des grands décideurs de ce monde aux arguments des septiques.

  2. J’ai fait des commentaires vitriolés sur cet article du Nouvel Obs, qui présentait les propos absurdes d’un intégriste vert, Yves Paccalet, se présentant comme un “philosophe écologiste”, et il n’est visiblement ni l’un ni l’autre (en ce qui concerne l’écologie, il est intégriste donc n’est pas un écologiste positif).
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/515227-climat-20-degres-au-mois-de-mars-une-tendance-plus-inquietante-que-rejouissante.html

  3. Yves Paccalet, un intégriste vert… et réchauffiste pur et dur.

    Rien que le titre de ce livre en dit long sur le fond de sa pensée apocalyptique :

    http://www.amazon.fr/LHumanit%C3%A9-dispara%C3%AEtra-d%C3%A9barras-Yves-Paccalet/dp/2700396650

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Paccalet

    N.B. : Il a été élu en 2010 au Conseil régional – Région Rhône-Alpes – sur la liste d’Europe-Écologie-Les-Verts.