J’ai commencé la rédaction de ce billet il y a quelques mois, mais l’ai mis en veille pour traiter d’autres sujets, notamment le FakeGate/HeartlandGate et le reportage de Télé-Québec. Comme le billet était pas mal avancé et demeure (je crois) pertinent malgré le délai, j’ai décidé de le compléter et de le publier – en deux parties.
Dans cette première moitié, je m’attarderai au scandale original afin de rappeler aux lecteurs ce qu’il en est, et préparer le terrain pour la suite…
Peu de temps après le premier Climategate, un second scandale éclaboussait la communauté scientifique du climat, cette fois en lien à la fonte des glaciers de l’Himalaya.
Le GIEC, dans son dernier rapport (AR4), annonçait que les glaciers de la région pourraient disparaitre d’ici 30 ans, une information erronée qui s’est avérée basée sur une publication de la World Wildlife Fund (WWF). L’affaire fut rapidement baptisée HimalayaGate (ou encore GlacierGate, PachauriGate…), et reçut même certains échos dans la presse populaire, contrairement au Climategate.
J’en avais parlé brièvement à l’époque via ce billet, mais de récents développements m’incitent à écrire plus longuement sur le sujet.
Pour comprendre l’histoire de l’HimalayaGate, il faut d’abord remonter à novembre 2009 (juste avant la rencontre de Copenhague et le Climategate), moment où le ministre de l’Environnement indien, Jairam Ramesh, faisait la promotion d’un nouveau rapport (pdf) critiquant la fonte anormalement rapide des glaciers himalayens avancée par le GIEC (section 10.6.2 du 4e rapport) :
On comprend, à la lecture de ce passage, que la situation est alarmante. Mais l’est-elle vraiment?
Pour y voir plus clair, revenons aux propos de M. Ramesh (ministre de l’Environnement), tels que rapportés par le quotidien The Gardian en novembre 2009 :
Donc, selon ce rapport et M. Ramesh, (1) il n’y a pas de lien concluant, (2) ce ne sont pas TOUS les glaciers qui reculent, et (3) ceux qui le font ne le font pas à un rythme inquiétant. Une conclusion fort différente du GIEC, il va sans dire.
Bien entendu, les commentaires du ministre Ramesh, qui éclaboussent le GIEC, n’ont pas été appréciés par son président Rajanda Pachauri, qui avait alors déclaré (emphase de moi) :
Bien entendu, en tant qu’ingénieur ferroviaire, Pachauri est sans aucun doute mieux qualifié que quiconque pour évaluer ce qui ce passe sur les glaciers himalayens… /sarcasme
Connu pour ses propos virulents, le président du GIEC ne s’arrête pas là… En réponse au géologue qui a publié le rapport, Vijay Kumar Raina, selon lequel «les glaciers seront là tant qu’il y aura des moussons, et qu’il y a bien d’autres facteurs à considérer pour évaluer la vitesse de fonte d’un glacier», Pachauri ajoute:
Tenez-le pour dit (parole de Pachauri!), la fonte d’un glacier ne dépend que d’un facteur : le réchauffement (par l’homme, vous l’aurez deviné).
Enfin, concernant le rapport, le grand manitou du GIEC a qualifié celui-ci de «Science Vaudou», une citation largement reprise dans la blogosphère (d’où le titre de l’article).
Avant d’aller plus loin, j’aimerais souligner au passage une autre citation de Pachauri, puisque nous y reviendrons en seconde partie:
Effectivement, les images montrent ce qui se passe dans la région, mais elles ne vont toutefois pas dans le sens sous-entendu…
La controverse sur la fonte des glaciers dans la région de l’Himalaya a poussé le climatologue John Nielsen-Gammon à scruter les références du GIEC pour identifier la ou les source(s) à l’origine de la disparition possible d’ici 2035. Ce dernier a alors fait remarquer qu’elle ne s’appuie que sur une seule publication, non révisée par les pairs… et en provenance de la WWF!
Quelques semaines plus tard (janvier 2010), des médias ont récupéré la nouvelle embarrassante, et le président du GIEC fut contraint à reconnaitre l’erreur, malgré une opposition initiale farouche. Pachauri ajoute à ce moment que l’erreur est exceptionnelle (la seule du rapport!), et qu’il s’agit essentiellement d’une faute de frappe (2035 vs 2350).
Soulignons au passage que la publication en question (WWF, 2005) est elle-même basée sur un article de la revue New Scientist paru en 1999, qui s’appuie à son tour sur un entretien téléphonique avec un certain Syed Hasnain, suite à une publication dans une revue indienne (sans comité de relecture).
Fait intéressant: Syed Hasnain fut par la suite nommé responsable de l’unité de glaciologie du groupe TERI (dont Pachauri est également président), et a obtenu un contrat de 350,000 Euros face à l’inquiétude suscitée par le 4e rapport du GIEC, et financé à même les impôts des Européens. Suivez l’argent! Malheureusement, le GIEC n’a pas de politique de conflits d’intérêts, une situation qui sera corrigée, nous dit-on, mais pas pour le rapport en cours (AR5).
Il s’avère que 30% des références de l’AR4 ne sont PAS révisées par les pairs, et que l’on trouve 15 références à la WWF et 8 à Greenpeace!
Pourtant, Pachauri a indiqué à quelques reprises que le GIEC n’utilisait QUE des travaux publiés dans les journaux à comité de relecture, voire même que les autres étant bons pour la poubelle!
Donna Laframboise à également publié un livre qui fait la lumière sur les manquements du GIEC par rapport à la rigueur scientifique de l’organe onusien, qui va dans le même sens qu’un récent rapport de Ross McKittrick, c’est-à-dire que la façon dont le GIEC fonctionne facilite grandement les résultats partisans. Une refonte majeure doit être effectuée, sans quoi il vaudrait mieux le démanteler.
Pour plus de détails sur cette portion de l’histoire (insertion de l’étude dans le rapport du GIEC), ainsi que les retombées économiques de cette menace pour le groupe TERI, je vous invite à lire le billet de PapyJako: PachauriGate ? TERIGate ? GIECgate ? HimalayaGate ? IPCCGate ?… L’Himalaya de Dollars fondra-t-il avant 2035 ?.
J’ai aussi une version (très) abrégée ici.
Au-delà de l’erreur de date (qui demeure farfelue même en acceptant 2350, date originale avancée par S. Hasnain), il y a l’erreur de superficie.
Tel qu’indiqué dans la citation plus haut en provenance du rapport du GIEC, la perte du couvert de glace prévue par le GIEC serait de l’ordre de 500,000 à 100,000 km2, ce qui est énorme compte tenu que la superficie totale actuelle est de seulement 33,000 km2, soit 3 à 15 fois moindre!
Il semble à première vue que l’article de WWF soit erroné sur plusieurs points, et que le GIEC n’y a vu que du feu. À moins que le GIEC ait volontairement fermé les yeux?
Les erreurs étaient pourtant connues (de même que le fait qu’il s’agit de littérature grise), mais la décision fut prise de retenir l’article malgré tout, pour plus de poids politique. L’auteur principal du chapitre, Murari Lal, était d’ailleurs probablement favorable au WWF, puisqu’il a par la suite rejoint les rangs du Climate Witness Scientific Advisory Panel de la WWF, comme 77 autres. Les rapprochements entre la WWF et le GIEC se font également dans l’autre sens, à savoir la nomination de Jennifer Morgan (porte-parole en chef de la WWF sur les changements climatiques) en tant qu’éditeur des critiques (review editor) pour la prochaine édition de la bible climatique (AR5).
La menace de fonte des glaciers de l’Himalaya est d’autant plus inquiétante que ceux-ci fourniraient une grande quantité d’eau aux populations de la région. C’est du moins ce qu’avance le GIEC (section 10.4.2), avec 750 millions de personnes (Inde et Chine) qui dépendent des glaciers pour leur approvisionnement en eau potable :
La source è l’origine de ce chiffre est nulle autre que le célèbre rapport Stern (d’ailleurs cité à 26 reprises dans le raport du GIEC)!
Stern s’appuie sur une étude de Barnett et coll. publié dans Nature en 2005, mais dont le GIEC n’a pas cru bon de pointer directement (une violation de ses propres politiques)… Pourquoi?
D’abord, avance Roger Knights, parce qu’en plus de faire appel à l’autorité en passant par Stern, l’article original est moins alarmiste. Barnett et coll. utilisent les termes «dépendent» [de l'eau des glaciers] et «affectés négativement», alors que Stern utilise une version plus aggravante : «dépendent grandement» et «conséquences sérieuses».
Ensuite, parce que l’article de Barnnet parle de «centaines de millions» de personnes, et que Stern pour sa part mentionne «trois quart de milliard», qui nous mène directement dans la fourchette supérieure de l’intervalle.
J’ajouterai qu’en référant le rapport Stern, on rend plus difficile la tâche de scruter la source originale, incluant les critiques faites à l’égard de cette source. Tout comme on le fait généralement pour le GIEC, on assume que Stern a fait son devoir d’analyse et nous présente l’état des lieux de façon objective, donc pas la peine de creuser…
Notons d’ailleurs que le rapport Stern (non révisé par les pairs) a été publié longtemps APRÈS la date de tombée (10 mois), donc inaccessible aux réviseurs lors de la préparation du rapport du GIEC.
Malgré tout, le rapport Stern inclut un bémol, en indiquant que l’approvisionnement en provenance des glaciers s’applique «durant la saison sèche». Malheureusement, le GIEC n’a pas cru bon partager cette précision, probablement pour plus d’impact.
Tel qu’indiqué plus haut, l’affaire entourant les glaciers himalayens a connu de récents développements, lesquels feront l’objet de la seconde partie de cette série. À suivre sous peu!
[le GIEC] il vaudrait mieux le démanteler.
D.E.G. : Delendum Est Giecum (© Murps et al.) ;-)
Excellent rappel.
En attente de la suite avec impatence !
voir article de cyberpresse comme quoi il y a dans les médias du québec des informations qui montrent les deux côtés de médaille
http://www.cyberpresse.ca/environnement/dossiers/changements-climatiques/201204/15/01-4515514-la-chaine-du-karakoram-resiste-a-la-fonte-des-glaces.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_environnement_263_accueil_POS1
et aussi la source de l’étude en question
http://www.insu.cnrs.fr/environnement/cryosphere/le-comportement-hors-norme-des-glaciers-du-karakorum
Q: Est-ce que le fait que Pachauri ait exagéré ou utilisé des informations non appuyés change le comportement des glaciers de l’himalaya ? Est-ce que ça change l’inquiétude et l’impact (la fonte des glaciers) que ça pourrait avoir sur une population de plus de 500 millions de personnes ?
@Yves B.
Et quel est-il ce comportement? Comme vous le verrez dans la seconde partie, il est entre le statuquo et la légère expansion pour cette région.
C’est d’ailleurs aussi la conclusion de l’étude dont vous vous faites mention. L’étude porte sur une région de l’Himalaya (Karakoram), et arrive à la conclusion que celle-ci montre un gain de glace (avec, ironiquement, une diminution du débit des rivières – alors qu’on craint la pénurie d’eau par la fonte!). On insiste pour parler d’«anomalie du Karakoram», qu’ailleurs dans l’Himalaya on a plutôt des pertes importantes… Or jusqu’à tout récemment on n’avait pas de mesures aériennes pour calculer les anomalies de glace, lesquelles viennent brouiller les cartes. Vous verrez que ces pertes ne sont pas sur les glaciers!
Le GIEC est censé être la référence officielle en ce qui a trait au réchauffement climatique, en nous donnant l’état des lieux. La vocation politique, l’absence de processus rigoureux, les conflits d’intérêts, l’infiltration par la WWF et j’en passe, font qu’on a une vision partisane de cet «état des lieux». L’HimalayaGate en est un autre exemple.
Qu’est-ce que ça change d’exagérer? Que la science n’a plus sa place, qu’elle est au service de la politique, d’une idéologie! Ça change qu’on diverge des sommes d’argent astronomiques pour lutter contre quelque chose qui somme toute demeure incertain, dont on refuse de discuter pour valider l’hypothèse, et qu’en revanche on a un manque à gagner dans des choses beaucoup plus importantes. Dans la peur, l’homme ne raisonne pas, et c’est exactement ce qu’on cherche à faire…
Je ne suis pas d’accord avec votre dernière phrase et dernier paragraphe..
Je dirais avec plus de conscience l’homme réfléchie et prend action des comportements à modifier.
Le problème avec votre raisonnement c’est que le labo pour prouver ou pas vos dires est la maison dans lequel nous demeurons (la planète terre).
Vous dites: “L’absence de processus rigoureux … du Giec” … c’est nettement exagéré de dire cela. Faudrait aussi dire combien d’articles scientifiques avec comité de relecture ont été utilisé dans les publications du Giec et montrer comment la science est à sa place dans ce processus même si des failles sont décelées…
Julie Gardelle dit bien :Mais ces observations «ne remettent pas du tout en cause le réchauffement climatique global», a-t-elle averti.
@yves B.,
Le réchauffement climatique est toujours qualifié de global…
« On a au Karakoram une petite anomalie qui fait que les glaciers sont à l’équilibre, pour l’instant“ »
Les “anomalies” (sic) sont… petites (bien sûr… il ne faudrait pas exagérer, c’est déjà bien de les rapporter) et temporaires (ben voyons !).
Je voudrais ajouter :
« Le réchauffement climatique est global… »
… et la réalité a contrio ne peut être, elle, que locale ? C’est bien ça ?
En travaillant sur la seconde partie, j’ai réalisé que j’ai commis une erreur de calcul dans le texte ci-haut…
La fonte prévue est de 3 à 15 fois supérieure à la superficie actuelle, et non 15 à 30 fois comme j’ai écris originalement (un zéro de trop dans mes calculs!).
J’ai corrigé le texte.
Autre erreur, toujours en lien à la superficie… Décidément!
J’avais originalement écrit, en traduisant librement le texte du GIEC:
«Sa superficie totale diminuera vraisemblablement de 500,000 à 100,000 km2 par rapport à aujourd’hui d’ici 2035 (WWF, 2005)»
Or, après relecture, j’ai réalisé qu’en fait le texte parle d’une superficie actuelle de 500,000 km2 qui passera à 100,000 km2, et non une diminution de 500,000 à 100,000 km2 par rapport à la superficie actuelle. J’ai donc corrigé le texte pour la formulation suivante:
«Sa superficie totale passera vraisemblablement de 500,000 km2 à 100,000 km2 d’ici 2035 (WWF, 2005).»
Désolé.