Après avoir revisité l’HimalayaGate en première partie et scruté la référence du GIEC en seconde, voyons cette fois plus en détail le tableau des données sur le recul des glaciers qui figure dans le 4e rapport du GIEC (AR4).
Je sais, je sais. Ce qui devait à l’origine se résumer à un seul billet s’est rapidement transformé en deux, puis trois et maintenant quatre parties (la 4e, sur les derniers développements, paraitra sous peu). C’est qu’en scrutant l’affaire des glaciers himalayens je découvre de nouvelles lacunes qui méritent, à mon avis, d’être exposées. Je me permets donc d’ajouter ce nouveau texte avant de conclure, incluant une réflexion sur l’objectivité de l’AR4…
Il faut le reconnaitre, l’état des glaciers himalayens est peu connu. Lorsque le magazine Down to Earth a publié l’article de Chettri, à la base de la section 10.6.2 du rapport du GIEC, on y trouvait un tableau avec 8 glaciers, également repris dans la bible climatique pour supporter le texte, que voici:
Les données du tableau ne supportent en rien les conclusions dramatiques de l’article, ce qui n’est pas à l’honneur du GIEC. Voyons:
D’abord, les mesures sont généralement de courtes durées, s’arrêtent à diverses dates, plusieurs ne couvrant même pas (sinon partiellement) la fameuse période post 1970, celle dont on attribue le réchauffement à l’homme.
Comment mesurer une tendance, le rôle de l’homme, la réponse des glaciers, si l’on a pas de mesure avant ET pendant la période cruciale pour comparaison?
Les chiffres avancés sont-ils signe d’une quelconque accélération? décélération? d’un statu quo? Il faudrait les mesures annuelles, ou des moyennes décennales le cas échéant.
Les chiffres avancés ne montrent rien.
L’auteur affirme que les glaciers himalayens sont plus grandement affectés que les autres par le réchauffement, mais ne fournit aucune donnée en provenance d’autres glaciers pour supporter cette affirmation. Comment comparer?
Cette observation fut soulignée en seconde ronde de révision du rapport du GIEC, mais hélas aucune modification n’a été apportée.
Parmi les données originales du tableau (article de Chettri), on retrouve le glacier Gangotri, pour la période 1977-1990, lequel aurait perdu en moyenne 28m/an. En se basant sur des travaux d’Hasnain (2002), le GIEC a cru bon ajouter des données sur le glacier, soit la période 1985-2001, lesquelles montrent un ralentissement de la fonte, passant à 23 m/an… ce qui est rassurant, n’est-ce pas?
Pourquoi ne pas mentionner qu’entre 2001 et 2006, le rythme a continué de diminuer, passant à 7.4 m/an, puis à zéro entre 2007 et 2009? Ces données n’étaient certes pas disponibles au moment de publier le rapport du GIEC, mais le sont depuis l’éclatement de l’HimalayaGate, une occasion manquée pour faire une mise à niveau de l’état des lieux.
Parlant de mise à niveau, vous pouvez consulter ce rapport pour des chiffres plus à jour. J’ai tiré le graphique suivant du rapport (p.51), qui montre la décélération progressive du recul du Gangotri, jusqu’au statu quo récent:
Ajoutons enfin que le tableau du GIEC souffre d’un handicap sérieux: on ne trouve aucune information relative à la longueur des glaciers, question de relativiser les pertes indiquées.
Afin d’y remédier, Anthony Watts a repris le tableau a ajoutant 2 colones fort utiles: la longueur des glaciers et le nombre d’années nécessaires pour leur disparition au rythme actuel.
Ces informations supplémentaires changent considérablement l’interprétation que l’on peut faire des résultats…
À partir de ces données (et en fixant l’erreur de calcul pour le Pindori, soit 23.5 m/an et non 135.2 m/an), on obtient une moyenne d’environ 828 ans pour leur disparition… On est donc bien loin des 30 ans mentionnés quelques lignes plus haut dans le rapport du GIEC, chiffre qui semble sortir tout droit d’un chapeau et qui n’est pas supporté par les observations!
Malgré l’énorme bourde dans le traitement des glaciers himalayens et l’échec lamentable du processus de révision, doit-on remettre en cause le reste du rapport? Je ne crois pas, si l’on se base uniquement sur cette affaire, mais un regard attentif et critique s’impose néanmoins.
Cependant, notons que les problèmes soulevés sur les glaciers demeurent minimes en comparaison de ceux que l’on retrouve au chapitre sur la paléoclimatologie (reconstruction des températures passées). Nous y retrouvons beaucoup plus de matière pour douter de l’objectivité du rapport… J’en parlerai plus longuement lors d’une future série sur la «courbe en crosse de hockey» (pour les intéressés, je vous invite à lire l’excellent livre d’Andrew Montford : The Hockey Stick Illusion).
Le GIEC (à qui l’on confie le soin de faire état de la situation sur la science) fut en quelque sorte mis à l’épreuve pour son impartialité à travers le traitement accordé à la crosse de hockey et ses vives critiques, un sujet chaud.
À la lecture du chapitre, on peut conclure à un échec du GIEC sur toute la ligne : démonstration de parti pris et d’un manque de transparence, rigueur et objectivité. Pour maintenir sa ligne, le GIEC est allé jusqu’à recruter des joueurs de l’équipe de hockey (auteurs des études critiquées), et leur a donné un rôle d’auteur principal/gardien en lien au sujet controversé (par exemple, Michael Mann en 2001 et Keith Briffa en 2007).
Puisque le chapitre sur les rétroactions des nuages semble également souffrir de symptômes similaires (également relevés dans le livre de Montford), on est en droit, à la lumière de ces trois faux pas, de croire qu’effectivement le problème serait généralisé. Cela ne serait d’ailleurs pas très surprenant vu le mode de fonctionnement du GIEC (manque de transparence, conflits d’intérêts, alignement des rapports sur les résumés aux décideurs au besoin…).



Merci pour ces points qui éclairent crûment soit de l’amateurisme, soit de la manipulation à des fins politiques.
Dès lecture de votre 1er tableau issu de l’AR4, je me suis automatiquement posé la question “mais quelle est la longueur de ces glaciers?”
D’autre part, en cliquant sur votre lien source (10.6.2), on y remarque des “errata” : les parcourir vaut leur pesant de cacahuètes!!!!!
Exemple :”lines 40-42 (Sri Lanka entry). Replace “0.016°C increase per year between 1961 to 90 over entire country, 2°C increase per year in central highlands” with ” 0.016°C increase per year between 1961 to 90 over entire country, with regional increases ranging from 0.008 to 0.025°C per year.”
De 2° on passe à “0.008 to 0.025°c”………..admirer d’ailleurs la précision à comparer avec celle des appareils de mesure….et sans barre d’erreur…..
D’ailleurs, relire ce rapport avec les errata, c’est pas mal!!
Sauf qu’il n’y a pas d’errata pour l’année 2035….