Un gros iceberg de 245 km2 s’est détaché il y a quelques jours du glacier Petermann au Groenland. La nouvelle a rapidement fait le tour du monde, comme preuve du réchauffement climatique, dont cet article du Devoir.
Quelques précisions…
D’abord, le Groenland perd chaque année entre 12,000 et 15,000 icebergs, via un phénomène physique appelé «vêlage» (calving), soit la cassure de glace qui s’est avancée dans l’eau.
Généralement, les icebergs ainsi produits sont beaucoup plus petits (sauf en 1962, où un morceau d’environ 600 km2 s’était détaché – le Ward Hunt Ice Shelf).
Ce phénomène est fréquent en Antarctique, où les icebergs produits sont généralement plus gros. J’avais d’ailleurs fait un billet à cet effet, sur une collision d’icebergs l’hiver dernier, rappelant au passage la récupération médiatique de la plaque Wilkins.
Il faut savoir que les glaciers, en prenant du volume, poussent la glace vers l’eau (du moins ceux dont la géographie le permet), créant des «langues» de glace qui avancent sur l’eau (environ 70 km dans le cas du glacier Petermann, qui a perdu le dernier 14 km). Éventuellement, avec les courants, les collisions avec d’autres morceaux à la dérive, l’eau qui s’infiltre dans des fissures… des morceaux finissent par s’en détacher. Ce phénomène, bien qu’on laisse entendre autrement dans la presse populaire, n’a rien à voir avec le CO2. Cela fait partie du cycle normal des glaciers, signe de croissance. Une fissure avait été observée depuis près de deux ans, et ce n’était qu’une question de temps.
La région littorale du Groenland connait depuis plusieurs années une fonte (courants marins), alors que la région continentale connait un gain de glace. Le satellite GRACE, qui mesure en outre la glace du Groenland, indique qu’au rythme actuel, le Groenland pourrait entraîner une augmentation de 5 cm du niveau des océans d’ici 2100 (soit 0.5mm par an). À ce rythme, il faudrait 15,000 ans pour que toute la glace fonde.
La région du glacier (latitude: 81 degrés Nord, longitude: 61 degrés Ouest) fait partie de la zone Arctique du 80 au 90e parallèle, qui comporte très peu de thermomètres. L’évaluation de la température et de la tendance est donc assez complexe. Le GISS, qui fait un «smooting» (moyenne) de 1200 km en utilisant les quelques thermomètres en périphérie, nous indique un réchauffement de 0.3 à 0.7 degré entre 1991 et 2009. Le DMI, qui combine des données satellites, d’avions et autres pour une meilleure évaluation du climat de cette région, arrive en revanche à une diminution des températures depuis 1958!
La nouvelle a donné lieu à des propos gratuits par certains promoteurs du RCA (réchauffement climatique anthropique), dont le député Ed Markey, qui propose de mettre les climatosceptiques sur l’iceberg pour s’en débarrasser. À lire les commentaires des lecteurs des médias d’ici (Radio-Canada, le Devoir…), plusieurs personnes seraient du même avis…
Ajout du 16 août 2010
Après avoir traité la nouvelle la semaine dernière dans la colonne «en bref», le journal Métro récidive aujourd’hui avec la nouvelle, cette fois lui accordant un article avec photo (le journal inclus une section environnement le lundi), pour plus d’impact.
On y lit :
Peu d’images symbolisent aussi bien les craintes liées au réchauffement climatique qu’un morceau de glace de 260 km2 se détachant de la nappe glaciaire du Groenland. Le nouvel iceberg est déjà utilisé comme symbole dans le débat sur le réchauffement climatique.
Ironiquement, cet iceberg ne montre en rien le réchauffement climatique, tel que décrit plus haut. Il est plutôt une démonstration du manque de recherche des journalistes en environnement, qui confondent fonte et vêlage, et n’entendent que réchauffement climatique pour cause. Des blocs, il s’en détache des milliers, parfois des gros, au gré des courants et des collisions avec d’autres blocs. C’est l’été en Arctique (il reste encore 2 à 4 semaines de fonte – qui au passage semble donner des signes de retour hâtif au gel), ce qui permet à l’eau libre de circuler plus haut en latitude, dont les courants facilitent le vêlage des glaciers (morceaux qui se détachent).
Symbole dans le débat du réchauffement climatique? Soyons sérieux, il n’y a pas de débat. À quand remonte un article populaire qui laisse place aux scientifiques qui pensent «autrement»?
Il existe de nombreux travaux qui remettent en doute le RCA (réchauffement climatique anthropique), mais les médias et le GIEC les ignorent. Ce symbole est tout aussi ridicule que le déclin des ours polaires, qui ont quintuplé en 50 ans…
Et le froid qui sévit dans l’hémisphère Sud, c’est aussi le réchauffement climatique?
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