Partenaire historique des grandes compétitions sportives, Coca-Cola a fait des Jeux Olympiques de Paris 2024 une vitrine de ses engagements environnementaux. Mais derrière les discours sur l’économie circulaire et les matériaux recyclés, une question s’impose : les actes sont-ils à la hauteur des promesses ? Entre communication soignée sur les réseaux sociaux et réalité de la pollution plastique, le fossé semble considérable.
En quelques points
- Lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, Coca-Cola a été critiqué pour avoir utilisé des bouteilles en plastique à usage unique pour remplir des gobelets réutilisables, limitant ainsi l’impact écologique réel de l’initiative.
- Pour la sixième année consécutive, Coca-Cola a été désigné premier pollueur plastique mondial par un audit international documentant la présence massive de ses déchets dans 40 pays.
- Bien que l’entreprise communique largement sur l’économie circulaire, elle n’a pour l’instant pas démontré de progrès concrets vers son objectif de 25 % de réutilisation d’ici 2030.
- De nombreuses ONG et des athlètes olympiques ont dénoncé ce qu’ils qualifient de « greenwashing », soulignant un fossé profond entre la communication environnementale de la marque et ses pratiques industrielles réelles.
- Les experts et militants appellent à une transformation structurelle du modèle économique des géants des boissons, notamment par une réduction de 50 % de la production de bouteilles plastiques d’ici 2030.
- La pression s’accroît sur l’industrie pour qu’elle privilégie le réemploi à la source plutôt que de se limiter à la gestion des déchets en aval.
Les engagements écologiques affichés lors des grands événements sportifs
L’objectif d’une distribution sans déchet plastique à Paris
Pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, l’ambition affichée était claire : servir des boissons dans des emballages réutilisables afin de remplacer des millions de gobelets à usage unique. L’idée séduisante d’un événement sportif majeur débarrassé de ses déchets plastiques a largement circulé, portée par des communications institutionnelles bien rodées. Pourtant, la réalité s’est avérée plus nuancée : nombre de ces gobelets réutilisables étaient en fait remplis à partir de bouteilles en plastique à usage unique. La production de plastique n’avait donc pas été supprimée, simplement déplacée hors du regard des caméras.
L’entreprise a justifié cette contradiction par des contraintes opérationnelles liées aux sites temporaires des Jeux. Un argument qui, à défaut d’être totalement infondé, illustre bien la tension permanente entre les objectifs écologiques proclamés et les impératifs industriels. Pour autant, les Jeux de Paris ont permis de mettre en lumière un débat plus large sur la gestion des emballages lors des grands événements sportifs mondiaux.
La mise en avant de la bouteille recyclée et de l’économie circulaire
Sur le terrain des engagements chiffrés, Coca-Cola s’est fixé l’objectif d’atteindre 25 % de réutilisation d’ici 2030, contre 16 % actuellement. Une trajectoire présentée comme une avancée majeure vers une véritable transition écologique. Le discours autour de l’économie circulaire et des matériaux recyclés constitue un axe central de la communication de l’entreprise, notamment à l’occasion des événements à forte visibilité comme les Jeux Olympiques.
Des études indiquent qu’une augmentation de seulement 10 % des emballages réutilisables d’ici 2030 pourrait éliminer plus d’un billion de contenants en plastique et empêcher jusqu’à 1 milliard de contenants de polluer les cours d’eau. Ces perspectives sont portées par plus de 100 organisations sportives et athlètes qui réclament une généralisation des emballages réutilisables. Pourtant, aucun progrès concret vers ces objectifs n’a encore été signalé par Coca-Cola à ce jour.
La réalité industrielle face aux accusations de greenwashing

Les millions de tonnes de plastique générées à l’échelle mondiale
La réalité des audits de terrain raconte une tout autre histoire. Pour la 6e année consécutive, Coca-Cola a été désigné premier pollueur plastique mondial selon un audit international impliquant 8 804 bénévoles dans 41 pays. Au total, 537 719 déchets plastiques ont été collectés et analysés, documentant 6 858 marques appartenant à 3 810 sociétés mères. Parmi ces déchets, Coca-Cola a totalisé 33 820 plastiques recensés, avec une présence dans 40 pays. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la pollution générée par les emballages de la marque à travers le monde.
En France spécifiquement, 14 ramassages ont été organisés, permettant de recenser 5 800 déchets plastiques. Coca-Cola y apparaît parmi les contributeurs significatifs, avec 390 déchets identifiés lors de ces opérations. Ces résultats contrastent fortement avec l’image d’une entreprise engagée dans la protection de l’environnement que la marque cherche à promouvoir lors des Jeux Olympiques.

Les plaintes et alertes lancées par les ONG environnementales
Face à cette situation, les ONG environnementales multiplient les interpellations. Une lettre ouverte signée par des athlètes, dont 23 participants aux Jeux de Paris 2024, a expressément ciblé Coca-Cola et ses concurrents pour les appeler à accélérer leur transition vers les emballages réutilisables. Ces sportifs demandent également que les futurs événements sportifs soient conçus sur le principe de la réutilisation plutôt que sur celui de l’usage unique.
Au niveau international, ces mêmes organisations appellent à soutenir un traité ambitieux de l’ONU sur le plastique, dont les négociations se sont tenues à Busan, en Corée du Sud. La plainte collective dépasse donc le cadre d’un simple événement sportif : c’est bien la stratégie globale de production et de distribution de l’industrie des boissons qui est remise en cause. Le terme de greenwashing revient régulièrement sous la plume des militants, qui pointent l’écart entre communication et action réelle.
Vers une révision des modes de consommation des boissons
L’usage des gobelets et le défi du recyclage massif
Le débat sur le gobelet réutilisable illustre parfaitement les limites des approches cosmétiques. Changer le contenant sans modifier le contenu de la chaîne de production revient à déplacer le problème plutôt qu’à le résoudre. Tant que les bouteilles plastiques à usage unique servent à remplir des gobelets présentés comme écologiques, la réduction réelle des déchets plastiques reste illusoire. La gestion des déchets en aval ne peut pas compenser une surproduction en amont.
Les recommandations des organisations spécialisées plaident pour une réduction de 50 % des bouteilles plastiques d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2018. Un tel objectif implique une transformation profonde des modèles économiques des géants des boissons, bien au-delà des ajustements progressifs actuellement consentis. La consommation responsable ne peut pas reposer uniquement sur les choix individuels des personnes ; elle exige des engagements structurels de la part des producteurs.

Les solutions pour réduire la production de déchets à la source
Pour réduire durablement leur impact environnemental, les entreprises du secteur des boissons sont invitées à revoir leurs modèles de production en profondeur. L’achat de plastique vierge doit diminuer au profit de matériaux recyclés, et les systèmes de consigne méritent d’être généralisés bien au-delà des initiatives ponctuelles liées aux événements sportifs. Un véritable guide de l’achat responsable dans ce secteur passerait nécessairement par une réduction drastique des emballages à usage unique, quel que soit leur aspect extérieur.
Les athlètes, les ONG et de nombreux acteurs de la société civile s’accordent sur ce point : la nature et les écosystèmes aquatiques ne peuvent pas attendre que les marques trouvent le moment opportun pour agir. L’impact sur les océans des plastiques non collectés est documenté et mesurable. Ce sont des millions de tonnes de plastiques qui finissent chaque année dans les milieux naturels, loin des regards, à l’abri des caméras des grands événements sportifs. La question du greenwashing n’est donc pas seulement sémantique : elle renvoie à la responsabilité réelle des entreprises dans la crise environnementale que traverse la planète.
